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LA STÉRILISATION PRÉCOCE Aujourd'hui encore, la controverse demeure importante, quant aux indications et surtout aux conséquences d'une stérilisation chirurgicale précoce du chiot, c'est-à-dire dès lors qu'elle est envisagée avant l'âge de quatre mois. En effet, même s'il existe depuis peu un nombre croissant de publications relatives à ses avantages, il convient malheureusement de constater que rares sont les praticiens qui acceptent de réaliser de telles interventions, le plus souvent par manque d'information. D'un autre côté, bien que près de 70 % des futurs propriétaires interrogés se disent aujourd'hui favorables à la stérilisation précoce et définitive de leur animal en particulier lorsqu'elle répond aux problèmes d'une gestation accidentelle pour les femelles, seuls 40 à 60 % des acquéreurs de jeunes animaux acceptent par la suite qu'elle soit réalisée... La stérilisation et la castration permettent d'éviter l'apparition de tumeurs. Le fait qu'elles soient effectuées sur de très jeunes animaux n'aggrave pas les risques anesthésique et chirurgical. La stérilisation très précoce et définitive d'un chiot sexuellement immature consiste aujourd'hui à réaliser une castration pour les mâles et une ovario-hystérectomie pour les femelles, en général vers l'âge de six à douze semaines. Au-delà de la seule stérilisation des animaux, ces interventions semblent offrir plusieurs avantages. Présente-t-elle de réels avantages? Rappelons tout d'abord plusieurs études qui démontrent clairement que les chiennes ovario-hystérectomisées avant l'apparition de leurs premières chaleurs sont beaucoup moins susceptibles de développer une tumeur mammaire, cette susceptibilité augmentant considérablement dès lors que l'intervention est retardée. Ainsi, le risque d'apparition de tumeurs mammaires est-il environ deux cents fois moins élevé chez les chiennes stérilisées avant l'apparition de leurs premières chaleurs, par rapport aux chiennes qui n'ont subi aucune intervention. Si la stérilisation a lieu après les premières chaleurs, l'avantage tombe à 12,5 fois ; il diminue à moins de 3,8 fois lorsque l'intervention est réalisée après deux ou trois cycles et devient nul dès lors qu'elle est envisagée après le quatrième cycle (ou après l'âge de deux ans et demi). En moyenne, une chienne non stérilisée développe une tumeur mammaire trois à sept fois plus souvent qu'une chienne stérilisée. Quoi qu'il en soit, il est évident pour tous que le risque d'apparition de pathologies ovariennes ou utérines, en particulier celui de pyomètre, est définitivement résolu par la réalisation d'une ovario-hystérectomie. Chez le mâle, le risque d'apparition de troubles prostatiques tels que l'hyperplasie bénigne de la prostate, les prostatites infectieuses et les complications urinaires particulièrement difficiles à traiter qui les accompagnent, est considérablement réduit par la castration. Les tumeurs testiculaires sont également fréquentes chez le chien (deuxième rang des tumeurs rencontrées). Après castration, le risque d'orchites ou de tumorisation est bien évidemment nul. Les contre-indications souvent évoquées, mais non prouvés, suite à la réalisation d'une stérilisation précoce sont les troubles de croissance, la surcharge pondérale, les dermatites périvulvaires, les vaginites, les modifications endocrinologiques ou dermatologiques qui s'en suivent, une diminution de la compétence immunitaire, la sténose urétrale, les troubles du comportement et le risque anesthésique. Il faut cependant reconnaître que si certaines de ces observations semblent liées à la stérilisation, il n'existe aucune preuve évidente dans la littérature qu'elles en soient directement la conséquence. Au contraire, de nombreuses études semblent indiquer qu'il n'y aurait aucun lien avec l'existence ou non d'une stérilisation précoce. Les risques anesthésique et chirurgical sont-ils aggravés pour un chiot? En fait, le risque est minimal dès lors que le chirurgien prend un certain nombre de précautions. Du fait de leur petite taille et de l'absence de graisse, la visualisation des organes est au contraire grandement facilitée lors d'une intervention précoce, réduisant ainsi le temps opératoire et améliorant la récupération post-anesthésique. Les protocoles anesthésiques proposés tiennent bien évidemment tous compte des différences physiologiques et de l'immaturité des animaux présentés. Ainsi, dès lors que l'on se souvient qu'il s'agit d'une intervention de convenance et qu'aucun animal en mauvais état général ne devrait être endormi, les risques anesthésiques sont-ils comparables à ceux qui sont rencontrés pour des animaux plus âgés. Les techniques chirurgicales mises en oeuvre sont généralement les mêmes que pour des animaux plus âgés et les complications post-chirurgicales sont rares. Dans une étude épidémiologique très large, il a même été observé une diminution significative du risque de complications post-intervention pour les animaux les plus jeunes, avec 6,5 % de complications mineures (inflammation et douleur locale principalement) pour les animaux opérés avant l'âge de douze semaines, contre 10,8 % pour ceux qui ont subi l'intervention après l'âge de vingt-trois semaines. Le développement des organes génitaux externes est-il modifié? Dès lors que la stérilisation est réalisée avant l’âge de 6 mois, le développement de la vulve, des mamelles, du pénis et du prépuce est nettement diminué, sans qu'aucune incidence clinique ne soit observée. Lorsque la stérilisation est réalisée à l'âge de sept semaines, les conséquences chez le mâle sont un peu plus marquées, avec le maintient d'un aspect infantile du pénis (petit pénis, os pénien plutôt mou). Une stérilisation précoce prédispose-t-elle à l'obésité? Les observations cliniques et les études réalisées montrent effectivement que les individus stérilisés présentent facilement (50 % des cas) une augmentation pondérale conséquente. Celle-ci serait due à une diminution des besoins métaboliques, une altération du niveau de satiété, ainsi qu'une diminution de l'activité physique, principalement liées aux modifications hormonales après la stérilisation. La seule étude publiée chez le chien n'a pourtant pas permis de démontrer une augmentation de l'incidence de l'obésité après la stérilisation. Même si cette étude n'a pas été menée au delà de l'âge de quinze mois, aucune différence n'a été observée entre des animaux non stérilisés et ceux qui l'ont été à l'âge de sept semaines ou de sept mois. Il est donc uniquement du ressort du propriétaire d’alimenter son animal selon ce qu’il a besoin et d’éviter de le suralimenter … En fait, dans le cas où l’animal grossirait, il suffit de réduire la ration journalière … La croissance squelettique est-elle ralentie? La testostérone et les oestrogènes, même s'ils ne sont pas indispensables, jouent un rôle sur la croissance, la maintenance et le vieillissement du squelette. Un déficit pour ces hormones entraîne un retard de fermeture des cartilages de croissance d'environ neuf semaines chez le chien. Les conséquences cliniques en sont une différence significative dans la longueur des os en faveur des individus stérilisés à sept semaines, qui sont donc généralement plus grands que les individus stérilisés à partir de sept mois. Peut-on observer une diminution du niveau général d'activité chez les individus stérilisés précocement? Ici encore, les résultats présentés sont souvent contradictoires. Sans oublier le fait que le niveau général d'activité et les comportements sont largement influencés par des facteurs environnementaux, les études aujourd'hui disponibles ne semblent pas mettre en évidence de modification sensible en relation avec la précocité de la stérilisation. Ainsi que nous venons de le voir, la stérilisation très précoce d'un chiot n'est pas plus difficile à réaliser que celle d'un animal plus âgé, au contraire ! Certes, il existe des modifications de l'apparence physique avec une très légère tendance à grandir plus longtemps, mais surtout le maintien d'un aspect juvénile des organes génitaux externes. À l'inverse, les avantages d'une stérilisation précoce sont incontestables en ce qui concerne le pronostic de santé, avec une très nette diminution des risques de tumeurs mammaires et une disparition des atteintes graves que constituent les métropathie (pyomètre en particulier) ou les troubles prostatiques. En fait, toute la difficulté consiste à choisir si l'animal sera ou non stérilisé : l'âge ne constitue plus désormais un obstacle comme on l'a souvent laissé croire. DU POINT DE VUE DE L'ÉLEVEUR La réalisation d'une stérilisation précoce permettrait aux éleveurs de vendre des chiots pour lesquels de nombreux risques de complications (pathologiques, ou parfois simplement sociales…) liées à la persistance de l'activité sexuelle seraient diminués, voire rendus inexistants. Il est entendu que mit à part l’amélioration du pronostic de santé et de tempérament à long terme, la stérilisation précoce est un excellent moyen pour éviter la surpopulation… N’oublions pas qu’au Québec seulement, les refuges euthanasient plus de 500 000 animaux ( chats et chiens ) chaque année ! Il est une grande responsabilité de l’éleveur que d’éviter d’en rajouter à ce décompte ! Un accident est si vite arrivé …
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