Suite à vos commentaires sur la capsule-psy « Je suis méchante », de Karène Larocque du numéro 11-02 de la Lettre du Psy :
Déplaire n’est pas méchant sauf que….
Question :
Est-ce à dire que l’on devrait s’occuper de nos besoins et ne pas se préoccuper de l’autre ? Je sais très bien qui si je me mettais à m’occuper de certains de mes besoins, d’autres s’en trouveraient déçus !
Réponse :
Je rappelle qu' « être méchant » correspond à avoir l’intention de blesser l’autre. Il se peut que même si ce n’est pas mon intention, l’autre se retrouve déçu devant ma position. Cette déception ne m’indique pas que je sois méchante. Elle m’informe plutôt qu’il existe un écart entre les attentes qu’il a à mon sujet et mon comportement à son égard.
| Déception : Elle se distingue de la simple insatisfaction par le fait qu'elle indique non seulement que je suis insatisfait, mais encore qu'il y a un écart entre les attentes que j'avais et ce qui s'est réellement passé.
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L’autre peut donc se retrouver déçu même si je n’ai pas l’intention de le blesser et que j’exprime mon besoin ou ma limite de façon tout à fait respectueuse et responsable.
Difficulté à déplaire ?
Pour qu’une personne ne se retrouve jamais déçue par nos comportements, ils doivent toujours être conformes à ses attentes. Une incapacité à tolérer de déplaire aux autres condamne à se conformer aux attentes que les autres ont à notre sujet. C’est une façon efficace de faire en sorte que les autres ne ressentent jamais de déception vis-à-vis de nous-mêmes, mais il y a un prix important à payer pour cette assurance. Voici quelques exemples de conséquences : perte de contact avec soi (ses propres besoins et limites), baisse d’estime de soi, une vie qui ne me convient pas, …
Si vous faites le choix de vous respecter et que vous voulez le faire de façon responsable, vous aurez à affronter les conséquences de ce choix, tant agréables que désagréables. La déception des autres fait partie pour plusieurs des conséquences désagréables du respect de soi.
Aussi, lorsque vous faites le choix de vous respecter et que cela implique de grands changements dans votre façon d’être, il est prévisible que les autres soient déçus s’ils ne s’attendent pas à ces transformations. Leurs attentes envers vous demeurent les mêmes et leur déception nouvelle les informe que celles-ci ne correspondent plus à la réalité.
Et si l’autre est toujours déçu de moi ?
Je considère qu’il est responsable de sa déception et il devra se positionner devant cette réalité qui est la sienne. Puisque la déception résulte de l’écart entre les attentes et la réalité, il pourra :
- Identifier clairement ses attentes.
- Vous informer de ses attentes.
- Vérifier auprès de vous votre position quant à votre intention de répondre ou non à ces dernières.
- Réviser ses attentes pour qu’elles soient plus réalistes compte tenu de votre position.
Vous pourriez avoir un rôle à jouer dans la déception constante qu'éprouve l’autre si vous ne vous positionnez pas clairement quant à vos intentions. C’est-à-dire, si vous annoncez votre intention de répondre aux attentes de l’autre, mais que dans la réalité, vous ne le faites pas (que ce soit parce que vous ne le voulez pas ou que vous ne le pouvez pas !).
Je parle ici d’un « rôle à jouer » dans la déception constante de l’autre mais ce dernier a encore du pouvoir sur cette déception. Il peut réviser ses attentes compte tenu de la réalité : il ne peut se fier à vos intentions pour prévoir la réalité.
Vais-je perdre l’autre ?
À la suite d'un échange concernant vos attentes respectives et ce que chacun de vous est prêt à offrir dans cette relation, vous serez beaucoup plus au clair avec votre relation réelle qui, certainement, en sortira transformée. Il est possible que cette nouvelle relation ne vous plaise pas ou ne plaise pas à l’autre. Il vous restera à l'un, comme à l'autre, à prendre position sur votre désir de poursuivre ou non cette relation.
Peu importe où cela vous mènera, cela vous permettra de clarifier votre relation réelle.
Cela semble simple… c’est pourtant difficile !
Cette démarche décrite de cette façon peut paraître simple. Elle est pourtant très difficile. En tant qu’adulte, nous poursuivons notre développement et une étape importante de ce développement est d’acquérir le droit d’être différent. C’est un long processus difficile qui permet de relever ce défi qui donne accès à un grand pouvoir : le droit d’être tout ce que je suis… au risque de perdre !
Pour en savoir plus sur ce défi : Transfert et conquête de l'autonomie
Ceux qui réussissent cette conquête deviennent capables d'être eux-mêmes dans leurs relations, sans tension intérieure et sans devoir provoquer des conflits avec leur entourage. Dans cet article, Michelle Larivey présente en quoi consiste cette recherche et quels sont ses difficultés et ses écueils les plus courants.
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