10 septembre 2006 -- Volume 10, No 5 ISSN 1481-1340
Les abus physiques, sexuels et psychologiques
3) Comment se libérer des traumatismes
Mot aux lecteurs Chers lecteurs, chères lectrices,
C’est l’heure de la rentrée ! Nous souhaitons que votre période de vacances vous a permis de faire le plein pour affronter l’automne avec toute votre vitalité ! Nous vous offrons d’ailleurs, ci-dessous, quelques informations pour vous aider à conserver le niveau d’énergie que vous avez acquis lors de vos vacances.
Pour notre part, nous revenons revitalisés ! Nous vous offrons ce mois-ci le dernier article de la série traitant des abus physiques, sexuels et psychologiques écrit par la psychologue Gaëtane LaPlante. Elle y présente les différentes étapes d’une démarche d’Auto-développement permettant de se libérer de tels traumatismes. Un article qui, nous l’espérons, apportera un peu d’espoir aux victimes.
Dans les mois à venir, nous prévoyons des articles traitant, entre autres, des troubles alimentaires, de toxicomanie ainsi que du stress de performance. Nous souhaitons aussi découvrir de nouveaux auteurs pour alimenter notre contenu !
Nous vous présentons également notre calendrier d’automne quant à nos activités de développement personnel. Nous y offrons les ateliers « Vaincre la dépendance affective » et « Prendre ma place » ainsi que la session intensive « Résoudre mes transferts ». Si ces activités vous intéressent, vous pouvez consulter : http://redpsy.com/calendrier.html
Conserver le niveau d’énergie acquis en vacances !
L’énergie… ça se consomme !
D’accord… j’ai fait le plein ! Mais lorsque je roule avec ma voiture… je brûle son essence. Évidemment ! C’est la même chose pour mon énergie vitale !
L’énergie… ça se consume !
Même si j’opte pour arrêter d’en dépenser, mon niveau d’énergie sera à la baisse. Tout comme une voiture en marche qui ne roule pas. Je prends pour acquis qu’on ne peut arrêter le moteur !
On ne peut donc pas s’attendre à ce que cette énergie acquise en vacances soit éternelle !
Nous la consommerons… et elle se consumera...
Je ne peux donc pas préserver l’énergie que j’ai en ce moment. Par contre, il m’est possible de conserver mon niveau d’énergie. Il me suffit de retourner régulièrement faire le plein.
Démarche pour conserver le niveau d’énergie acquis pendant les vacances : 1. Demeurer attentif à mon niveau d’énergie Il est important de demeurer attentif à son niveau d’énergie et de s’en occuper dès qu’il est à la baisse. Si j’attends d’être « dans le rouge » ou d’être sur mes réserves pour le faire, ce sera plus difficile puisque j’aurai moins d’énergie pour me rendre au point de ravitaillement.
2. Identifier les types d’énergie dont j’ai besoin La première étape pour répondre à ses besoins est toujours de les identifier : De quoi me suis-je nourri lors de mes vacances ? Qu’est-ce qui m’amenait à me sentir davantage vivant(e) ?
3. Identifier mes sources d’énergie Ensuite, on identifie des sources de satisfaction potentielles : Quelles sont les stations d’essence qui m’alimentent de ce type d’énergie ? Où me suis-je nourri lors de mes vacances? Avec qui ?
4. Me ravitailler régulièrement Il nous reste à faire le plein régulièrement : on fréquente sur une base régulière nos sources de satisfaction.
Pas le temps ?
Michel part en Gaspésie pour un congrès important à Paspébiac qui se situe à plus de 900 km de Montréal. Il fait le plein lors de son départ. Il file et espère se rendre à Paspébiac sans s’arrêter pour de l’essence… IL N’A PAS LE TEMPS de quitter la route pour cela !
C’est tout un problème qui attend Michel…
Avouez que... c’est absurde !
Toute l’équipe de La lettre du Psy se joint à moi pour vous souhaiter une rentrée à votre mesure.
Bonne lecture !
Karène Larocque, psychologue spécialisée en Auto-Développement
| Comment se libérer des traumatismes causés par les abus physiques, sexuels et psychologiques Par Gaétane LaPlante, psychologue spécialisée en Auto-développement.
1. Introduction
2. Les résistances de la personne abusée
3. Accepter le lien entre les symptômes et les traumatismes d’abus
4. Accepter de regarder la réalité en face
5. Les étapes de la transformation intérieure
a) Consentir à apprivoiser les émotions refoulées par la remémoration des souvenirs d’abus b) Écrire sa vie comme moyen de cheminement c) Identifier les manques et les blessures subies au cours de ces abus d) Reconnaître ses besoins et en assumer la prise en charge par :
1) La conquête de son droit à l’existence 2) La confrontation de l’abuseur 3) Poursuivre en justice ou pas ? 6. Réapprendre à vivre en sortant du rôle de victime
7. Conclusion
1. Introduction Se libérer des traumatismes causés par une expérience d’abus physiques, sexuels ou psychologiques, est une démarche qui nécessite beaucoup de courage et de persévérance. Plus les abus ont été sévères et persistants, plus l’empreinte laissée est profonde et difficile à intégrer.
Il n’est sans doute pas possible d’effacer complètement les traces de tels traumatismes. Mais il est sûrement possible de parvenir à ce que ces blessures ne soient plus un obstacle important à la vitalité d’une personne abusée.
De façon paradoxale, c’est en laissant prendre à ces expériences toute leur place, dans le respect du processus naturel de croissance, qu’une personne pourra s’en libérer. Car, c’est en bonne partie la loi du silence entourant ces abus, qui contribue à les rendre aussi destructeurs. Ouvrir ce sujet, permet alors à la vie de circuler dans les parties du corps et de l’âme sclérosées par le silence.
La libération d’une telle expérience passe par une série d’étapes d’ouverture à soi et d’expression de cette expérience. Ces étapes sont décrites dans le présent article.
Je vous propose de lire le premier article « LE FLÉAU DES ABUS » si ce n’est pas déjà fait, afin de vous faciliter la compréhension de celui-ci. Vous pouvez le trouver à l’adresse qui suit : http://www.redpsy.com/letpsy/letpsy10.01.html
2. Les résistances de la personne abusée
Selon mon expérience, très peu de victimes d’abus physiques et sexuels viennent consulter directement pour ces motifs clairement identifiés. Ils sont vaguement conscients que ces abus ont sans doute un impact sur le « mal d’être » vécu, mais ils l’attaquent rarement de front. Le réflexe le plus courant face à ces expériences douloureuses, c’est la fuite. Avant de consentir à consulter, la plupart des victimes se répètent souvent « Il faut oublier. Après tout, ça n’est pas si grave. Il faut passer à autre chose ». Le plus souvent, cette diversion fonctionne pour un bout de temps, des années parfois.
Mais habituellement, vers l’âge de quarante ou cinquante ans, elles n’arrivent plus à se distraire de telles blessures. C’est l’organisme qui n’en peut plus de supporter le silence, la négation de ses besoins importants. Et il le manifeste par l’apparition de symptômes divers, tels les cauchemars, l’insomnie, l’angoisse, la fuite dans l’alcool ou les drogues, ou selon les vulnérabilités de chacun.
La qualité d’accueil de la victime par le psychothérapeute sera déterminante pour la manière dont elle-même pourra ensuite accueillir avec succès ses blessures. Cette capacité à s’ouvrir à soi-même est cruciale dans la démarche d’auto-développement proposée ici.
Comme la possibilité de faire confiance est la pierre angulaire du développement humain, la relation de confiance l’est également dans le cheminement thérapeutique. Il est bien difficile pour une victime d’abus physiques et sexuels d’apprendre à faire confiance à un psychothérapeute. Il lui sera ardu de croire que le psychothérapeute devant elle ne réagira pas comme son abuseur a réagi avec elle. Malgré le fait qu’elle sait, intellectuellement, que le risque d’être blessée volontairement est mince, sur le plan émotif, son réflexe de protection sera spontané. Sa méfiance demeure une forme de résistance avec laquelle le psychothérapeute doit apprendre à composer. Elle peut s’atténuer petit à petit avec l’expérience et l’assurance que le psychothérapeute est là pour l’aider. Il faut tout de même s’attendre à plusieurs échecs consécutifs avant d’y arriver.
Il faut accepter le fait que c’est la façon spontanée de réagir du client. Il est alors utile de rappeler au client abusé que ce réflexe de protection était adéquat pour se protéger de son agresseur, mais qu’il ne l’est plus dans la situation actuelle. Ou du moins, qu’il a le droit de se donner le temps de bâtir et de vérifier cette confiance.
3. Accepter le lien entre les symptômes et les traumatismes d’abus
C’est en se donnant accès de façon minimale aux émotions liées à ces symptômes qu’il est possible graduellement de reconnaître l’immensité des émotions refoulées. Accueillir les émotions reliées à ces symptômes permet habituellement assez rapidement de reprendre contact avec le traumatisme d’origine. Quoique, reconnaître leur présence ne veut pas nécessairement dire en faire l’acceptation.
Par exemple, Odile fait des cauchemars à répétition depuis qu’elle est enfant. Soit elle se retrouve poursuivie par des monstres ou des maniaques sexuels, soit elle se revoit en train de tuer son père en le dépeçant en petits morceaux. Elle se doute bien que ces cauchemars sont reliés à ses doubles agressions physiques et sexuelles subies par ses parents. Mais tant qu’elle ne s’y arrête pas spécifiquement en prenant contact avec les émotions intenses de peur et de rage que ces cauchemars expriment, son inconscient va les reproduire à l’infini.
Pour cheminer à ce niveau, il est important que la personne abusée se sente comprise et acceptée malgré ses résistances, ainsi que respectée dans son rythme et ses choix. La personne abusée est souvent confrontée à un véritable duel psychologique. Elle se débat entre la partie d’elle-même qui a été influencée par l’abuseur et qui cherche à nier les abus et la nouvelle partie qui cherche à émerger, celle qui les dénonce. C’est à force de combats répétés entre la partie qui considère légitime l’importance accordée à l’expérience d’abus et celle qui à l’instar de l’abuseur continue de répéter : « tu te plains pour rien..., passe à autre chose..., on va rire de toi…, etc » que le « nouveau moi » peut graduellement émerger.
4. Accepter de regarder la réalité en face
Même une fois les étapes précédentes franchies, il n'est pas sûr que la victime va accepter de reconnaître l’importance de cette expérience dans sa vie. Elle peut encore à cette étape refuser d’entreprendre le cheminement qui lui permettrait de se libérer.
Souvent, elle a de la difficulté à consentir à reprendre contact avec ce passé difficile et souffrant. La peur et le refus d’avoir à se confronter à des souffrances qu’elle perçoit encore plus grandes, l’amènent à résister à une telle démarche psychothérapeutique.
Il faudra parfois attendre que la personne se soit confrontée à des détresses encore plus grandes. C’est parfois après de multiples tentatives de suicide ratées ou des épisodes de dépression profonde qu’elle finira par consentir à choisir le chemin difficile de l’intégration de son expérience, tel que je vous le propose dans le présent article.
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