| PERSPECTIVES THERAPEUTIQUES 1. L'institution de soins comme tiers pseudo-organisateur Les failles psychiques précédemment évoquées renvoient à une perturbation du développement précoce, perturbant les acquisitions ultérieures. L'amour et la haine restent confondues, à cause de l'ambiguïté de l'objet partiel, les différenciations de genre et de sexe sont précaires, comme les identifications. La triangulation oedipienne est perçue mais évitée comme une perturbation insupportable. L'Œdipe entraîne une régression aux angoisses primitives, et donc, à l'alcoolisation. La relation à la loi est semblable à la relation à l'alcool. Le sujet l'approche et la fuit tout à la fois dans la consommation excessive. " il est cependant un tiers qui vient donner une certaine organisation aux alcooliques en remplacement d'une loi symbolique, c'est le tiers institutionnel ". (3) L'hôpital peut parfois être pour ces patients un " cocon ", une enveloppe protectrice. L'institution peut prendre une fonction contenante et pseudo-organisatrice. 2. Circonstances de consultation La rencontre avec le monde médical se fait souvent dans l'urgence. Le patient peut venir seul, motivé par un sursaut de sa part saine adaptative, déterminée à le sortir de l'alcool. La demande est celle de " l'amputation " de la part alcoolique du soi. Il y a clivage radical entre une bonne et une mauvaise part de soi. Le sujet peut également être acculé à la consultation par la pression de l'entourage. Le demandeur change, mais la demande est la même. C'est de l'alcoolique qu'il faut amputer le corps familial. Le clivage est radical entre le bon-familial et le mauvais-alcoolique. Se pose alors la question de la motivation personnelle. Une intervention extérieure, policière, peut également réaliser la séparation de l'alcoolique et du corps social. La demande se situe souvent, comme le symptôme, dans l'agir : " faites quelque chose ! ". Le but poursuivi par le corps médical, les soignants est la survie du patient et sa réinsertion. L'alcoolique sait que l'abstinence lui est demandée. Mais lui-même n'est pas toujours au fait de sa propre demande ou de ses propres possibilités. La demande du soignant peut donc introduire une certaine dissymétrie. Le patient est tiraillé entre la nécessité de maintenir son symptôme et l'appel à l'amputation d'une part de lui-même. 3. L'interaction patient-alcool Il s'agit d'en distinguer les composantes. La sémiologie du patient alcoolique varie en fonction de la place qu'occupe l'alcool, et les maladies alcooliques. L'alcool engendre des effets autres que psychologiques, même si on ne perçoit pas d'atteinte somatique. L'alcool a toujours des effets physiologiques. Chez le sujet alcoolique lui-même, les aspects psychologiques et physiologiques sont indifférenciés. Certains patients apparaissent comme préservés d'atteinte somatique. Ils semblent échapper à la maladie somatique. D'autres seront atteints très jeunes d'une maladie liée à la consommation d'alcool. 4. La psychothérapie Le but de toute psychothérapie est de permettre au patient d'arriver à contenir sa pathologie et d'en assurer la gestion. Le psychothérapeute tient un rôle de contenant provisoire. Il ouvre un espace potentiel dans lequel le patient va pouvoir se penser, se recréer. La première question qui se pose du projet thérapeutique. Le projet du sujet alcoolique. Lorsque l'entrée en institution s'est faite par la contrainte de l'entourage ou dans l'urgence, le projet peut être par exemple d'établir une alliance pour que le sujet se représente de lui-même. La prise en charge doit permettre que l'institution devienne pour le sujet un lieu de réorganisation. |