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C) A la fin du XIXème siècle :

Pierre JANET, en 1903, fait référence à plusieurs cas de boulimie, dans son ouvrage " Les obsessions et la psychasthénie ", qui ressemblent fortement au syndrome boulimique. (GUILLEMOT et LAXENAIRE).

JANET met sur le même plan la boulimie et les symptômes névrotiques : la perte de la fonction du réel libère l'automatisme psychologique.

1er cas : Nadia

On peut remarquer que cet auteur, dès 1903, a décrit soigneusement et avec un grand intérêt le cas de Nadia, à travers lequel on retrouve bien la présentation du syndrome toujours actuel " anorexie mentale - boulimie - vomissement ".
" En général, Nadia a faim, elle a même très faim… : De temps en temps, elle s'oublie jusqu'à dévorer gloutonnement tout ce qu'elle rencontre…Elle a des remords horribles de cette action mais elle la recommence tout de même. " (3).

On retrouve bien cette notion d'ingestion incontrôlable d'une quantité excessive d'aliments et du sentiment de honte, critères diagnostiques du DSM ( ?).

Nadia a présenté des obsessions qui se sont accentuées à la fin de la puberté et a connu une phase anorexique durant six mois avant de passer à une phase boulimique. (GUILLEMOT et LAXENAIRE).

JANET mentionne également que Nadia a connu des moments dépressifs sévères et rattache ses troubles du comportement alimentaire à l' " hystérie ", définie par lui comme une altération de l'esprit, dans lequel les phénomènes ne sont plus synthétisés.

L'auteur a eu, sans pouvoir en rendre compte théoriquement, la connaissance clinique des rapports entre troubles alimentaires, éprouvés corporels et sentiments dépressifs, d'incomplétude et de faiblesse, à opposer au sentiment exagéré de force de l'anorexie. (1).

2ème cas : une femme de 37 ans

Le deuxième cas relaté par P. JANET est celui d'une jeune femme qui alternait des phases boulimiques avec vomissements et des phases d'anorexie, tout en présentant parallèlement à ces difficultés alimentaires des idées suicidaires avec sentiment d'incapacité, c'est-à-dire un état dépressif majeur.
En étudiant ses antécédents, on remarque qu'elle fait deux épisodes dépressifs mélancoliformes, l'un à 20 ans et le deuxième à 32 ans et que sa mère s'était suicidée un an après sa naissance.

3ème cas : une jeune femme agoraphobe

Avec un troisième cas, JANET nous montre une jeune femme de 22 ans, agoraphobe, manifestant des accès boulimiques en situation de stress.

4ème cas : un jeune homme de 17 ans

Puis, JANET nous présente un 4ème cas, celui d'un jeune homme de 17 ans qui manifestait non seulement des accès boulimiques avec vomissements suivant immédiatement ces accès mais également un état dépressif majeur au sens du DSM III , considéré par JANET comme une " neurasthénie ".
En effet, ce garçon ressentait une grande fatigue chronique. (POPE, 1985).


A travers ces quatre cas présentés par JANET, on remarque bien l'existence d'accès boulimiques au XIXème siècle déjà.
Le premier cas, celui de Nadia, manifeste une symptomatologie typique de la boulimie, avec entre autre une crainte phobique de grossir se rapprochant du critère E du DSM III.

L'intérêt des descriptions de Janet réside en ce qu'elles confirment l'association entre boulimie et troubles thymiques, ou boulimie et troubles anxieux.

Un peu plus tard, en 1908, JANET décrit l'alternance chez l'anorexique de phases de restriction et de crises de boulimie suivies de remords.

FREUD, en 1925, qualifie la boulimie de défense hystérique (4), et parle du vomissement comme une défense hystérique contre l'alimentation. (2).
Il cite, dès 1895, les " accès de fringale " souvent accompagnés de vertige, parmi les symptômes de la névrose d'angoisse qu'il sépare de la neurasthénie. (3 et 5).

ABRAHAM, dès 1924, parle de convoitise orale accrue. (2).

On peut également ajouter que K. ABRAHAM (1925), ainsi que Thérèse BENEDECK en 1936, rangent la boulimie parmi les " perversions orales " de caractère impulsif.

La voie est ainsi ouverte au glissement de la boulimie vers les toxicomanies, ce qui amènera FENICHEL, en 1945, à définir la boulimie comme une " toxicomanie sans drogue ". (5).

Nous pouvons donc conclure que durant cette période, les approches conceptuelles de la boulimie sont nombreuses mais celle-ci n'est encore perçue et définie que comme symptôme.


D) moitié du XXème siècle, vers une autonomisation du syndrome boulimique :

En 1932, WULFF décrit un syndrome particulier caractérisé par l'alternance de périodes d'acétisme et de voracité insatiable.
Il fait donc déjà implicitement le lien entre anorexie et boulimie.

Mais il faudra attendre néanmoins les années 60 pour que d'autres psychiatres reconnaissent enfin explicitement ce lien en ne faisant de la boulimie qu'un épiphénomène de l'anorexie mentale.

En 1959, STUNKARD, quant à lui, rapproche la boulimie de l'obésité en proposant une classification de l'obésité en fonction du type de comportement alimentaire des sujets.
Il décrit ainsi 3 sous-groupes dont l'un est caractérisé en effet par l'aspect orgiaque de l'alimentation et par la répétition des accès boulimiques. (1).
Cependant, on s'aperçoit que le troisième sous-groupe d'obèses décrit par STUNKARD ne peut coincider avec les boulimiques actuels car celles-ci sont effectivement minces ou du moins non-obèses généralement.
Déjà en 1955, STUNKARD décrivait ce qu'il a appelé le " night-eating syndrome ".
Il s'agit d'obèses se levant la nuit pour manger de manière impulsive, compulsive, mais au réveil, ils sont incapables de rien avaler. (AIMEZ et RAVAR).

KORNHABER, en 1970, parle quant à lui d'un " stuffing syndrome ", (c'est à dire d'un syndrome de bourrage ou de gavage), chez des personnes obèses déprimées, seules et stressées.

On peut ainsi conclure que si la boulimie est depuis longtemps citée dans la littérature, ce n'est que très progressivement que la boulimie en tant que syndrome et entité autonome parviendra à se dégager de l'anorexie mais également de la boulimie.
Et ce n'est effectivement qu'à la fin des années 70 et grâce entre autres aux travaux, en France, de BRUSSET (1977) et de IGOIN (1979) que la boulimie s'individualise en entité clinique autonome.

H. BRUCH, dès 1973, attire l'attention sur une catégorie de sujets qu'elle qualifie de thin-fat people (autrement dit des sujets " minces-gras "), anciens obèses qui ont récupéré un poids normal à force de privation et de régimes mais chez qui l'image du corps est restée inchangée puisqu'ils se perçoivent toujours, psychologiquement et affectivement comme des obèses. (AIMEZ et RAVAR).
Cette auteur rapporte donc la possibilité de survenue de prises alimentaires compulsives chez ces sujets normo-pondéraux qualifiés de " gros-maigres ".

Et c'est en 1975 que l'on découvre enfin, grâce à RAU et GREEN, la description " conduite boulimique impulsive " sans référence à l'obésité ni à l'anorexie. ( 1).

Cependant, si l'on croit être alors arrivé à l'autonomisation du syndrome boulimique, on réalise qu'il n'en est rien encore puisque l'on peut découvrir, toujours en 1975, dans le manuel alphabétique de Psychiatrie de POROT, qu'il est nulle part fait mention de la boulimie.
Ce sera seulement en 1984 que l'on trouvera enfin la boulimie décrite comme " un besoin pathologique d'absorber de grandes quantités de nourriture avec le plus souvent sensation de faim ".

Un an plus tard, en 1976, BOSKING- LODHAL puis en 1977, BOSKING-LODHAL et SIRLIN, parlent d'un syndrome dominé par les épisodes de suralimentation qu'ils dénomment alors " boulimarexie ". (1).

Puis PALMER, en 1979, décrit l'existence d'un " syndrome de chaos alimentaire ", un trouble du comportement alimentaire caractérisé par les accès de boulimie. (1).

C'est donc bien de l'ensemble de ces travaux que la boulimie trouve son indépendance et sa place en tant que syndrome à part entière, détachée de l'obésité et de l'anorexie.
En retraçant l'historique de la boulimie à travers les siècles, on remarque que si la boulimie existe effectivement depuis fort longtemps, ces définitions anciennes sont bien différentes du syndrome boulimique actuel.
.
" D'une part, nous avons vu dans une partie précédente les descriptions des repas orgiaques chez les Romains puis la boulimie à la fin du Moyen-âge chez les Saintes. Cependant, la boulimie est bien loin d'être perçue comme pathologique sous l'Empire Romain puisqu'il s'agissait d'un schéma d'alimentation normal de l'époque.

" Puis d'autre part, si on retrouve la boulimie dans la littérature médicale dès le XVIIIème siècle, elle n'est cependant pas encore considérée comme syndrome à part entière mais comme un symptôme lié à différents tableaux psychopathologiques.
Celle-ci est en effet associée à l'anorexie, à l'obésité, à la voracité, à la toxicité, à la mélancolie, à la dépression.

On peut voir apparaître déjà à l'époque de JANET l'idée d'une association boulimie-dépression ou tout au moins boulimie troubles de l'humeur que l'on essaiera dans une prochaine partie d'approfondir.

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