Des origines au début du XIXe siècle :
Il est considéré que l'origine et l'usage de l'opium se situe dans les plaines de Mésopotamie 3000 ans, avant J-C.
Sous Ramsès II, treize siècles avant J-C, il y est fait référence en précisant une indication : "les enfants qui crient trop fort".
Les civilisations avancées de l'antiquité l'ont utilisé très précocement puisque, outre les Égyptiens, les Grecs et les Romains en ont parlé, et que de nombreux objets retrouvés dans tout le Bassin méditerranéen s'ornaient de représentations du pavot blanc.
Notons que Morphée a prêté son nom au premier alcaloïde extrait de l'Opium au début du XIXe siècle (la morphine). Dans la mythologie grecque Morphée était le Dieu des Songes, fils de la Nuit et du Sommeil.
Dans l'antiquité romaine l'usage de l'opium est bien connu ; DIOSCORIDE,( 77 après J.-C.), parle avec précision du suc obtenu par incision des capsules de pavot et nommé en tant que tel alors "opium".
Durant le Moyen Âge, les médecins arabes diffusent largement l'opiophagie et l'on retrouve mention de l'opium dans toutes les pharmacopées du Moyen-Orient et du Maghreb.
AVICENNE, célèbre médecin et philosophe arabe, mourut d'ailleurs intoxiqué par l'opium en 1037 en Perse.
En 1660 c'est à un médecin anglais, Thomas de SYDENHAM, que l'on devra une préparation encore prescrite aujourd'hui le célèbre "laudanum® de SYDENHAM ". ( une teinture d'opium safranée ). Cette préparation était employée comme sédatif de la douleur ou comme antispasmodique. Elle reste employée de façon occasionnelle en psychiatrie.
Composition :
- Poudre d'opium officinal………… 110 g
- Safran incisé . ….. . .. .. … . 50 g
- Alcool à 30° ………………..920 g
Du début du XIXe siècle à nos jours :
Les guerres de l'opium
On sait que le pavot était connu en Chine et qu'il en était fait un usage médicinal.
L'introduction du tabac dans cette région du globe par des marins hollandais et portugais au XVIe siècle, aura pour conséquence que l'opium y sera de plus en plus fumé.
A partir de la fin du XVllle siècle, les anglais, ont au Bengale le monopole de la production d'opium.
En Chine où ils possèdent aussi des colonies, l'argent métal constitue la base du système monétaire chinois. Or, pour les anglais, un excellent moyen d'obtenir de l'argent est de vendre de l'opium aux Chinois eux-mêmes.
Pour illustrer l'ampleur du problème, citons deux chiffres sur l'évolution des importations d'opium en Chine : elles passent de 300 tonnes en 1821 à près de 3 000 tonnes en 1848.
II y a un nombre croissant d'intoxiqués dans les diverses catégories sociales chinoises, notamment chez les militaires.
Ces éléments, joints aux difficultés économiques, pousseront la Cour impériale à réagir de plus en plus énergiquement, ce qui débouchera sur les 3 guerres de l'opium .
Elles vont se dérouler entre 1839 et 1858.
Deux ans pour la première et quelques mois pour la dernière à laquelle les Français participent. Chaque fois, les Chinois peu adaptés à ces types de conflits vont subir les conditions des vainqueurs.
Au total, la Chine devra payer de lourdes indemnités, ouvrir plusieurs ports au commerce extérieur, et tolérer le christianisme sur toute l'étendue de son territoire.
Paradoxe final, le nombre de Chinois intoxiqués qui était probablement d'environ deux millions en 1850 sera estimé à cent vingt millions en 1878, et, au début du XXe siècle, la Chine sera devenue le plus grand producteur mondial d'opium.
L'opium en Occident
Le goût pour le " laudanum® " est très important en Angleterre depuis déjà un certain temps au début du XIXe siècle.
Les pharmaciens anglais en délivrent beaucoup.
Les ouvriers l'absorbent souvent pour rendre tolérable leur harassante vie quotidienne dans l'univers industriel naissant.
Notons qu'en 1804 Thomas de QUINCEY publiera un livre entièrement consacré à son expérience :"Les confessions d'un mangeur d'opium".
Il y décrit les diverses phases de l'intoxication, de "la lune de miel " à la " lune de fiel ", la tyrannie de la dépendance et les difficultés du sevrage.
Un autre type de médication que les comprimés d'opium et de laudanum de Sydenham a vu le jour dans sa première formule en 1837 : "l'élixir parégorique® ".
L'élixir parégorique® ou teinture d'opium benzoïque (antidiarrhéique) est fréquemment détourné de son emploi par les sujets dépendants. Il est 20 fois moins concentré en morphine que la teinture d'opium safranée.