| LA GARDE PARTAGÉE ? BELLE EN THÉORIE, MAIS INVIVABLE VOIRE MÊME DANGEREUSE EN PRATIQUE
Andrée Côté de l'Association nationale de la femme et du droit rapporte qu'actuellement au Canada on est en train de revoir la loi sur le divorce en mettant l'accent sur les droits des pères. C'est beau en théorie mais invivable voire dangereux pour les ex-conjointes d'hommes violents et leurs enfants. Les féministes n'ont pas le choix de lutter contre la garde partagée, mais ce faisant, elles sont perçues comme luttant contre la vertu. On a toutes beau souhaiter que les hommes s'impliquent autant que les femmes dans l'éducation et le soin des enfants, il demeure que notre société a très peu évolué à ce niveau depuis 30 ans. Le partage de ces responsabilités n'est égal que dans 10% des couples alors que 70% des mères travaillent. C'est cruel. Avant d'accorder des droits égaux aux pères, il faut que les devoirs et obligations parentales soient également assumés par les deux parents. Ce n'est pas une loi qui va faire en sorte que les pères vont soudainement s'y mettre après un divorce. La garde partagée demande beaucoup de coopération puisqu'elle est difficile à organiser au quotidien. Elle est aussi coûteuse. Quand elle fonctionne, c'est libérateur, mais ça n'arrive que dans une minorité de cas et ce, quand elle est décidée d'un commun accord. Vingt États américains, l'Australie et l'Angleterre ont déjà la garde partagée. Les études démontrent clairement que ça ne fonctionne pas. Pire, les femmes victimes de violence conjugale ne peuvent plus se libérer de leurs conjonts violents. Elles restent liées à jamais à ces derniers. Leur ex-conjoint peut intervenir dans toutes les décisions qui concernent les enfants tandis que ceux-ci n'ont plus droit à une pension alimentaire. Le suicide comme seule sortie de secours ? Madame est séparée depuis 6 mois et vit seule avec son enfant. Elle doit témoigner au criminel contre son ex-conjoint accusé de voies de fait et de menaces de mort. Elle n'a pas pu voir le procureur qui se dit surchargé de travail. L'avocat de la défense la discrédite en parlant de ses dépressions. Il met en doute sa santé mentale. Afin que monsieur n'ait pas de casier judiciaire, on ne lui donne que l'ordre de garder la paix et de rester éloigné de son ex-conjointe qui ne se sent pas protégée pour autant. "Mon mari a fait un V de victoire avec ses doigts et a quitté la salle en riant. Je me sentais comme une moins que rien." Puis monsieur demande la garde partagée de son fils. Elle la lui refuse car elle a peur de lui. Ils sont référés en médiation familiale où elle est perçue comme fragile, anxieuse et déprimée. Le refus de madame porte à croire qu'elle veut priver son fils de son droit de vivre avec son père. À juste titre, elle craint de perdre son enfant et décide de retourner vivre avec son conjoint violent afin de ne pas être séparée de son fils. "Je voulais me suicider, seul mon enfant me retenait. C'est la période la plus noire et désespérée de ma vie." Quantifier l'inqualifiable : la judiciarisation de la violence conjugale
La justice banalise l'ampleur de la violence conjugale. Elle se met à l'écoute de l'agresseur au lieu de la victime. Elle ignore tout du stress post-traumatique éprouvé par les femmes violentées, ce qui entraîne des résultats désastreux. Telles sont les conclusions d'une thèse de doctorat présentée par Lucile Cipriani en août 2001 à la faculté de droit de l'Université Laval. Fondée sur les récits des victimes, ce qu'elles taisent et ce que le droit en fait, cette analyse critique féministe conclut que la violence conjugale fait l'objet d'une criminalisation frileuse et parcellaire au Québec. | À Lire : |