|  Qui est à l'abri de la violence conjugale ? Personne, en fait. Aucune femme, aucun enfant... Pourquoi ??? Parce que la violence est avant tout une stratégie de contrôle social utilisée par les dominants pour maintenir leur domination. Elle est un moyen très efficace utilisé en vue d’une fin, qui est la soumission de ceux sur qui elle s’exerce. Les hommes violents ont recours à la violence parce qu'elle constitue un moyen efficace d'assouvir leur besoin de pouvoir, ils l’utilisent par ce qu’ils sont obsédés par une pensée : garder le contrôle de leur femme ! 1. L'ampleur du problème On croit souvent que la violence conjugale a augmenté, ces dernières années. C'est faux. Elle a toujours existé, sous plusieurs formes, à toutes les époques. Au temps des Romains, par exemple, un mari avait droit de vie ou de mort sur son épouse, comme sur ses esclaves. "Homme, tu es le maître. La femme est ton esclave. C'est Dieu qui l'a voulu !" - Saint Augustin | Les hommes violent ne supportent pas la contradiction, toute remise en cause ou essai de partage du pouvoir masculin, toute revendication d’autonomie aussi légère qu’elle soit, se transforme pour l’homme en provocation à la violence. L’homme violent, par la violence, rappelle qui a le pouvoir. Si les statistiques récentes montrent un accroissement alarmant des cas, c'est simplement qu'aujourd'hui, on en discute. Avant 1975, qui parlait de violence conjugale ? Depuis, on l'a dénoncée de plus en plus fermement. D'abord des groupes féministes ont soutenu les femmes violentées, qui ont commencé à déposer plus fréquemment des plaintes. Puis, sous la pression du mouvement des femmes, les intervenant-e-s, les médias, le ministère de la Justice et le grand public ont suivi. De sorte que les femmes, plus que jamais auparavant, se sentent capables de révéler la violence qu'elles subissent chez elles, dans l'intimité de leur couple. Parce que les femmes en parlent plus et parce que les intervenant-e-s (policiers, juges, travailleurs sociaux, etc.) y sont plus sensibles, on peut aujourd'hui mieux quantifier le problème de la violence conjugale: Battre sa femme est un acte criminel passible d'amendes et d'emprisonnement. Un acte que rien ne peut justifier. | -
"Une Canadienne sur huit est violentée par son conjoint." (Titre du Journal de Montréal, 18 juin 1987. L'article reprenait les conclusions de l'étude de Linda McLeod, Pour de vraies amours... prévenir la violence conjugale, réalisée pour le Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme. Selon l'auteure, 1 million de Canadiennes en couple étaient violentées par leur conjoint. Ce qui revient à une femme sur huit, et à un homme sur huit). -
Dix-huit pour cent des femmes qui se présentent à l'urgence des hopitaux seraient des victimes de violence conjugale (selon le dépliant Les femmes battues du Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme, 1985) -
Au Québec seulement, 300 000 femmes sont victimes de violence conjugale (selon la Politique d'aide aux femmes violentées, du ministère de la Santé et des Services sociaux, 1985). -
Chaque année, plus de 8 000 cas de violence conjugale sont rapportés à la police québécoise (selon les statistiques 1988 de la Direction générale de la sécurité et de la prévention du Québec). -
Chaque année, en moyenne, 20 Québécoises sont assassinées par leur conjoint (selon le Centre canadien de la statistique juridique). -
Chaque année, les maisons d'hébergement membres du Regroupement accueillent, quant à elles, environ 10 000 femmes et enfants. -
Selon les spécialistes en santé mentale, une femme violentée a sept fois plus de possibilités de se retrouver traitée en psychiatrie (D'après Se débattre, série de films sur la violence conjugale réalisée par l'Office national du film, 1986).  2. Le portrait des femmes victimes et de l'homme violent Il n'y a pas de portrait type d'une femme victime de violence conjugale... pas plus qu'il n'y a de "batteur type". Tous les hommes, quels que soient leur ethnie, leur statut social, leur âge ou leur revenu, peuvent un jour ou l'autre recourir à la violence pour dominer, ou contrôler, leur conjointe. Toute affirmation d’autonomie féminine paraît, pour les hommes violents, comme provocatrice. Si sa compagne ne lui laisse pas avoir « le dernier mot », c’est-à-dire porte atteinte à sa dominance, il lui apparaît légitime et compréhensible qu'il rétablisse son statut dominant par les coups et les menaces. Donc rien ne distingue, à priori, ceux qui le feront de ceux qui l'éviteront.
| "Je ne voulais pas briser la carrière de mon mari. Alors je me suis tue. Et qui aurait cru qu'un médecin puisse être violent ?" | De la même façon, rien ne prédestine une femme à devenir victime de violence conjugale. Victime, selon le dictionnaire Larousse, désigne "la personne qui souffre par la faute d'autrui". Cette personne n'est pas responsable de la violence qu'elle vit. Il est donc impossible d'en tracer un profil socio-psychologique : toute femme, quels que soient sa culture, son ethnie, son statut social, son âge ou son revenu, peut un jour être victime de violence conjugale. Cette forme d'abus de pouvoir n'est pas le lot d'une classe défavorisée ou de certaines catégories de gens, comme on le croit trop souvent. Elle frappe autant chez les bourgeois que chez les assistés sociaux, autant chez les sportifs bien alimentés que chez les alcooliques. On la retrouve autour du monde, partout où des hommes veulent dominer leur conjointe, partout où la société les laisse faire. Ce ne sont pas des explications psychologiques individuelles qui expliquent la violence des hommes mais bel et bien des raisons sociales, notamment les privilèges qu’apportent le pouvoir et le contrôle exercés sur ses proches. C’est un contresens de considérer la violence masculine envers les femmes comme une exception individuelle : il s’agit d’une norme culturelle répandue dans nombre de cultures et encore tolérée !
| "Je ne pensais pas que ma fille pourrait un jour être battue. Je trouve les jeunes tellement plus évolués que dans notre temps..." | C'est clair : aucune femme n'est à l'abri de la violence conjugale. (Réf.: Regroupement provincial de maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale. Printemps 1993)
 
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