Mon pauvre Ami
Un jour, je t'ai transporté sur mon terain:
Chétif, démesuré, tes bras difformes et maladifs.
Je t'ai encouragé, je t'ai parlé en doux refrain.
Je caressais tes aiguilles; je te savais tardif.
L'été, le soleil pointait ta faible structure.
Tu étais seul au milieu de cette étendue.
Mes pas se dirigeaient vers ton armure
Où je ressentais un mal de te voir si déçu.
Le vent balayait ta carcasse handicapée.
Je te savais malheureux, rempli de laideur.
Je te confiais mes blessures, mes larmes non desséchées.
Parfois tu frisonnais pour me dire de ne plus avoir peur.
Avec les années d'encouragement et d'une voix sincère,
Tu es devenu ma fierté car ton ramage est splendeur.
Ton habit verdâtre embellit mon coeur et ma chair.
Tu es mon confident silencieux, entouré de chaleur.
Cet été, mon esprit bafoué, je t'ai délaissé avec regret.
Mes douleurs intenses ont parsemé un terrible oubli.
Dans ta fierté, tu as effacé tes immenses plaies.
Tu es devenu un ami incomparable; ne lâche pas, je t'en prie!
Les gens ricanent quand je te parle avec sincérité.
Croyance infuse mais je sais que tu me comprends.
Tu es ma consolation et j'ai hâte à cet été!
Tu seras une merveille de la nature et du vent...
Et dire que je voulais t'arracher de ta terre nourricière!
Car tu semblais si désespéré, un mal de vivre que je connais...
Soudainement, je fus ébloui et exaucé par mes prières.
Tu es beau dans ta sagesse... ton esprit me plaît!!!
De ta petitesse resplendit ta grandeur déployée.
Je t'admire et je te respecte avec émotion.
Je veux être comme toi: survivre dans la fierté.
Je te salue et je te remercie de ces douces leçons...
André Labrosse (epervier)
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