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Iwo Jima.

 
 
En février 1945, les Marines débarquent au pied du mont Suribachi, point culminant d’une petite île du Pacifique, Iwo Jima. L’affrontement qui commence pour ce bout de terrain inculte, pratiquement inhabité en dehors de ses défenseurs, est une étape de plus qui rapproche les Américains de la victoire finale sur le Japon. L’enjeu stratégique est d’importance, propulsant ce " caillou " jusqu’alors inconnu au rang des objectifs vitaux d’un large plan d’ensemble, visant un assaut direct contre l’Empire du Soleil Levant.

Vers le Japon

Le déroulement de la reconquête du Pacifique menée par les États-Unis permet, en 1944, d’envisager une offensive contre l’archipel japonais lui-même. Mais alors, et avant tout, devront y être réalisés des bombardements intensifs, en vue de préparer un assaut qui promet d’être rude et sanglant. Au commencement de cette année qui voit les troupes alliées débarquer en France, est envisagé le bombardement aérien des terres nippones depuis certaines des Îles Mariannes (Guam, Saipan et Tinian), dont la reconquête sera finalisée à l’été de 1944. C’est alors qu’Iwo Jima prendra toute son importance.
Les plans américains pour la poursuite de l’offensive dans l’Ouest du Pacifique étaient, jusqu’en ce début de 1944, essentiellement basés sur la manière dont il faudrait s’affranchir des Philippines. Mac Arthur – en particulier – considérait la prise de ces territoires comme le meilleur tremplin à une continuité des opérations visant le Japon. Mais d’autres voies se faisaient insistantes, proposant depuis quelques mois déjà une stratégie finale différente. En septembre 1944, lors de la seconde conférence de Québec, les chefs d’état-major se rangent aux demandes instantes de Mac Arthur (décidé à tenir sa promesse de revenir aux Philippines), et l’autorisent à commencer sa campagne courant octobre. L’amiral King qui commande en chef l’US Navy, est peu favorable à cette option mais s’incline, tout en essayant d’obtenir l’inclusion de Formose (actuelle Taiwan) aux nouvelles données stratégiques. Il est convaincu que les États-Unis pourraient y gagner une base arrière, facilitant les bombardements sur le Japon. La marine pourrait aussi y exercer un contrôle de la Mer de Chine méridionale, et ainsi couper certaines des principales voies de ravitaillement du Soleil Levant. Le 29 septembre, deux jours après la clôture de la conférence, lors d’une réunion avec cinq des hommes aux commandes de la conduite des opérations sur mer, sur terre et dans les airs pour le Pacifique, il est seul à défendre cette Thèse. Nimitz, Sherman, Spruance, Harmon et Buckner, peu enclins à la seule solution des Philippines, mais également réticents à l’opinion de King, lui opposent des rapports étayés. Ils mettent en lumière les difficultés prévisibles à s’emparer de la partie sud de Formose, puis les risques encourus par les bombardiers basés là, soumis à l’aller ou au retour de leurs raids aux assauts des escadrilles ennemies demeurant dans la partie septentrionale de la grande île. De plus à l’époque, les Mariannes, même si elles sont un peu plus éloignées du Japon que Formose, étaient plus sûres en terme de trajet des bombardiers lourds, restaient dans leur rayon d’action, mais surtout avaient déjà été conquises. A contrario d’une offensive visant Formose, les interlocuteurs de King étaient tombés d’accord sur une option très différente, celle de s’emparer de deux îles bien précises, Okinawa et Iwo Jima.

Iwo Jima, l’enjeu

La première de ces deux îles, Okinawa dans l’archipel des Ryû-Kyû, se trouve à quelque 600 km au sud-ouest de Kyûshû (l’île la plus au sud du Japon), soit à environ 1 000 km seulement de Tokyo. Sa situation et sa configuration sont de nature à en faire une base appréciable pour les bombardiers US et leurs chasseurs d’escorte. On espère pouvoir déployer là pas moins de 800 d’entre eux, avec mission d’effectuer des bombardements à outrance en territoire ennemi.
Iwo Jima quant à elle, beaucoup plus petite que Okinawa, est située pratiquement à mi-chemin entre les Mariannes et le Japon, dans le sud et à quelque 1 000 km de ce dernier. Il s’avérait possible, malgré sa superficie, d’y déployer suffisamment de potentiel aérien pour que son emploi fût rentable et efficace. Mais surtout, elle se trouve directement sur l’axe de vol vers le Japon des bombardiers que l’on envisage de baser sur Guam, Saipan ou Tinian (Mariannes). De fait, conservée par l’ennemi elle devient un danger pour les escadrilles qui, pratiquement, doivent la survoler sur leur route vers le Japon. À l’inverse, aux mains des Américains, elle sera d’une aide très précieuse pour la mise en œuvre des chasseurs d’escorte, dont le rayon d’action est inférieur à celui des quadrimoteurs devant constituer les escadrilles de bombardement. De même, sa présence à mi-chemin est une sécurité, au cas où des appareils se verraient incapables, pour diverses raisons, de continuer leur route et obligés de se poser dans l’urgence. Il semble par ailleurs évident qu’il sera possible de se rendre maître de l’île plus rapidement que s’il s’agissait d’envahir la partie méridionale de Formose, ce qui, compte tenu du fait que les Mariannes sont déjà tombées, ferait gagner un temps précieux sur la montée en puissance des bombardements stratégiques du Japon.
Ces arguments sont forts et une fois encore, King s’incline. Il n’abandonne pas cependant son projet de prendre le sud de Formose, qu’il remet simplement à une date ultérieure, après qu’Okinawa et Iwo Jima seront tombées en mains américaines. Il informe immédiatement l’état-major des opérations combinées des conclusions de la réunion, et celui-ci, le 3 octobre, délivre les nouvelles directives opérationnelles induites de ce dernier développement.
Mac Arthur de son côté, poursuivra son action visant à la reconquête des Philippines et, après Leyte, doit débarquer sur Luçon (nord de l’archipel) à compter du 20 décembre 1944. Nimitz, qui dirige le second axe de reconquête, doit engager l’assaut sur Iwo Jima le 20 janvier 1945, précédant celui sur Okinawa prévu début mars.

Un minuscule " rocher ", dans l’immense Pacifique

Iwo Jima, une petite île volcanique (plutôt même un îlot) réduite à quelques milliers de mètres carrés, située dans l’archipel des Volcano au sud des îles Bonin, en plein Pacifique Ouest. Accrochée au nord-nord-ouest de la Fosse des Mariannes, elle étale ses 7 à 8 km sur 4 (au plus large et au plus long) à un peu plus de 1 200 kilomètres au nord légèrement ouest de Guam. Cette dernière, la principale île de l’archipel des Mariannes doit servir, avec Saipan et Tinian, de base aux lourds quadrimoteurs à long rayon d’action destinés au bombardement du territoire japonais. Tokyo n’est qu’à quelque 1 000 km dans le nord, là aussi légèrement ouest, de Iwo Jima, d’où son importance stratégique.
Minuscule terre désolée, sèche, accidentée, à la végétation squelettique, Iwo Jima est inhospitalière, sombre, parcourue de rafales d’un vent chargé de poussière, parsemée d’une vase nuisible. La vie animale y est presque inexistante et, lorsqu’en 1944 l’intérêt de l’île grandit aux yeux des belligérants qui se déchirent cette partie du monde, seuls cinq petits villages y sont semble-t-il recensés. Au sud-ouest, à sa partie la plus étroite qui ne s’étend que sur quelques centaines de mètres, trône le mont Suribachi, haut de 165 m, un sinistre volcan éteint pour l’heure inconnu, mais bientôt indissociable de l’histoire des Marines américains. Au pied de ce noir monticule s’étend vers le nord-est une plaine volcanique couverte d’un sable foncé, noir lui aussi dirons les hommes qui débarqueront là. Puis, le plus au nord, quelques collines s’élèvent d’une centaine de mètres, formant un plateau, le Moto-Yama, semé de végétations pauvres, à peine plus hospitalier que le reste de ce " rocher ".
Les Américains ne sont pas seuls, au milieu de 1944, à évoquer avec de plus en plus d’insistance l’aspect stratégique que devrait presque certainement revêtir Iwo Jima dans un temps assez proche. Les combats gagnant du terrain vers leurs propres terres, les Japonais savent que bientôt, les bombardiers adverses passeront tout près de l’île se dirigeant, les soutes pleines, vers le Japon. Si jusqu’à l’été, les rapports semblent démontrer que la prise d’assaut de cette terre lointaine aurait été relativement facile, tout changera avant la fin de l’année et, en septembre, la garnison renforcée à l’extrême est une première fois estimée par les Américains aux alentours de 20 000 hommes (sur un caillou de quelques kilomètres carrés !).
Iwo Jima est défendue par 21 000 à 23 000 hommes au total (les sources citent généralement de 21 000 à 25 000). La 109e division d’infanterie et sa 2e brigade mixte (5 000 hommes, mais peu aguerris) forment le gros de l’effectif qui comprend le 26e régiment de chars (environ 40 engins), le 145e régiment autonome (2 700 hommes formant l’élite de la garnison), plus quelques unités à vocation spécifique. Le reliquat de défenseurs est composé de formations hétéroclites, intégrant marins, aviateurs, techniciens, administratifs, etc., soit quelque 7 000 hommes formés pour l’occasion au combat terrestre. Le général Kuribayashi commande en chef, secondé par le contre-amiral Ichimaru qui dirige plus spécialement les hommes provenant de la marine. L’île est loin d’être assez étendue pour qu’une défense en profondeur y soit efficace. Les Japonais vont mettre en place une importante défense fortifiée, statique, parcourue par un réseau étendu de tunnels. Des Bunkers et abris divers sont construits, des tranchées et des champs de mines disséminés un peu partout. Si les soldats nippons se doutent que l’île, vraisemblablement, finira par tomber à l’adversaire, ils n’en déploient pas moins une énergie déterminée pour retarder au mieux ce moment lorsque le temps de l’affrontement viendra. Les nombreuses missions de reconnaissance aérienne effectuées au-dessus de Iwo Jima par les pilotes américains ont permis, fin 1944, de recenser des centaines de Bunkers, ainsi que – et surtout – deux terrains d’aviation achevés et un troisième en cours de construction. La menace sur les appareils décollant des Mariannes, en route vers le Japon et s’approchant de l’île, est donc bien réelle. Pendant que les défenseurs du Suribachi s’enterrent, attendant les bombardements préliminaires à l’assaut, les Américains mettent en place un imposant dispositif et se préparent à l’une des dernières grandes batailles de la seconde guerre mondiale.


 

 
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