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Presque tout ce qui est écrit ici sur LALOU provient de son très beau site.

 
 
 
LALOU, UN PASSIONNÉ DE LA LETTRE

 

"La plus grande page calligraphiée du monde", comme l'appelle avec fierté ses créateurs Frank Lalou, Guillaume Saalburg, ingénieur du verre et Bruno Legrand architecte, sera de verre et mesurera 300 mètres carrés. Composée d'extraits de l'Ancien et du Nouveau Testament, elle décorera bientôt la façade d'une nouvelle église, rue de la Roquette à Paris, près de la Bastille. Une étape majeure dans l'itinéraire du jeune calligraphe, né à Marinade en 1958.

Lalou avait trouvé la voie de son art très particulier en recopiant, presque par réflexe, d'une écriture d'écolier attentif, les logias de l'Évangile de Thomas, peut-être le plus célèbre des apocryphes. Il n'avait pas vingt ans. Déjà, sa passion des textes bibliques et son amour de "la lettre pour la lettre", selon son expression, se répondaient.

"J'ai compris alors que je n'étais pas écrivain, mais calligraphe", se souvient-il. Ce qui me retenait si longuement devant des feuilles de papier, ce n'était pas la volonté d'exprimer en mots ma pensée, mais plutôt le plaisir pur et enfantin de tracer des lettres encore et encore. Calligraphier me donnait une joie infinie. La sensualité qui accompagnait chaque expérience me comblait."

Au printemps 1986, Frank Lalou plongeait sans plus attendre dans le cours de son rêve éveillé et partait pour la Grèce, armé de plumes, d'encres et de papiers, pour calligraphier entièrement l'Évangile de Thomas. Pourquoi la Grèce ? Parce que cet homme du Sud, au profil méditerranéen, ne se sent chez lui que sous la lumière brutale qu'inonde les garrigues et les olivaies.

"A partir de cette décision toute mon existence a basculé. Tout s'est organisé pour que je puisse réaliser mon rêve. Je me suis installé avec ma femme dans une petite île du Péloponnèse. Je travaillais comme un fou. Je ne pouvais pas m'arrêter. "

Dix semaines plus tard, il rentrait en France avec son ouvrage achevé, grand comme une caisse de marin. IIl n'eut aucun mal à le vendre à un amateur riche et éclairé. "Cet argent était plus que de l'argent ", estime Lalou, qui était à l'époque instituteur et n'avait pas un sou vaillant. "C'était le prix de ma liberté créatrice, le seul moyen qui s'offrait à moi de me consacrer totalement à la calligraphie." Depuis, Lalou travaille, expose, enseigne la calligraphie à travers des livres qui sont autant de déclarations d'amour aux alphabets latin, grec, hébreu. "Au tout début de ma démarche, je ne souhaitais écrire que le français, ma langue maternelle, précise -t-il. Maintenant, je calligraphie les langues que je parle ou que j'apprends. Calligraphier des langues étrangères ouvre de tout nouveaux champs. L'hébreu, le grec amènent toujours le scripteur à approfondir la recherche de ses origines. Une mémoire ancestrale resurgit et lui fait découvrir des strates de son inconscient dont le contexte social avait hâté l'occultation. "

SENTIMENT DE VERTIGE DEVANT LE SACRÉ

 

Bien que juif, Frank Lalou n'a d'abord manifesté aucun empressement à calligraphier l'hébreu. "C'était la langue sacrée de mes pères, explique-t-il. Elle restait dans l'orbite des mondes inaccessibles. J'aimais trop la pure beauté de cette langue pour la traiter comme un autre alphabet." Jusqu'au jour où sa femme, enseignante, lui tendit un rouleau de parchemin qu'un de ses élèves lui avait remis après avoir visité l'une des expositions de Lalou. Le rouleau de cuir contenait des textes cabalistiques. Lalou s'arrêta sur le dernier symbole: un labyrinthe carré, noir sur blanc. "Cette découverte m'a glacé le dos, affirme-t-il. Ce que je contemplais n'était rien d'autre que ce que je dessinais comme obsessionnellement depuis mes débuts de calligraphe. J'ai appris ensuite que ces labyrinthes, dans la tradition cabalistique, expriment l'unité de Dieu. Et j'ai décidé de me pencher plus sérieusement sur l'hébreu. Plus je l'étudiais, plus un sentiment de vertige devant le sacré me prenait. Peu à peu, à travers la calligraphie, je découvrais le judaïsme, mon judaïsme, comme on remonte le courant d'une rivière à bord d'un frêle esquif. "

 

L'AMOUR NE S'ENSEIGNE PAS

 

Lalou n'a jamais pu dissocier son travail calligraphique de son travail spirituel. Dès son premier mot calligraphié en hébreu s'est amorcée, hors de toute démarche volontaire, une lente transformation de ses repères et de ses habitudes. "Au fil des mois et des années, le travail souterrain des vingt-deux lettres hébraïques a imprégné toutes les sphères de mes activités, le travail dans mon atelier, mes méditations, mes lectures et les articles que j'écrivais, et aussi mes longues promenades solitaires et jusqu'à mes bavardages les plus anodins. Par les lettres, et le regard neuf qu'elles m'avaient apporté, je comprenais que, sans le faire exprès, mon art et ma passion, mon amour des signes, m'avaient introduit sur une voie initiatique. Loin de moi l'idée de conceptualiser mon expérience et d'inventer à partir de là je ne sais quelle thérapie New Age."

Frank Lalou se contente de vivre une histoire d'amour. Il serait bien incapable de donner sur elle une leçon à ses semblables. L'amour ne s'enseigne pas. Mais l'artiste peut le transmettre à travers son oeuvre.

 

Marianne Dubertret

La Vie, 6 Juillet 1997

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