 Marguerite Porete (env. 1250 - 1310) Nous disposons de peu d'éléments biographiques sur Marguerite Porete mais son unique ouvrage qu'elle a répandu au prix de sa vie suffit amplement pour la compter parmi les plus grands mystiques de notre histoire.
Vivant à Valenciennes à une époque de grande effervescence religieuse, Marguerite fait partie des Béguines, un mouvement composé de femmes libres, d'âmes en quête d'Amour divin réfutant l'idée de toute autorité religieuse ou maritale. Dans la lignée des Béguines les plus connues telles que Hadewijch d'Anvers, Marguerite Porete est celle qui s'est particulièrement démarquée autant par son destin tragique que par son témoignage mystique d'une hauteur vertigineuse. Une œuvre qu'elle publie sous le nom de “Miroir des âmes simples” et qui deviendra le témoin de la spiritualité béguinale et, d'une manière générale, de la mystique occidentale.
Ayant réalisé l'union suprême au Divin, Marguerite écrit pour ceux qui n'ont pas encore communié à cet « Amour à la fois proche et insaisissable ». « Amour est Dieu et Dieu est Amour… c'est en Amour que je suis transformée » écrit-elle en évoquant la phase ultime de l'ascension spirituelle de son âme « enivrée ». Aussi, nous invite-t-elle à contempler notre âme à travers le Miroir de l'Amour pour l'épurer de tout ce qui fait obstacle à l'épanouissement de Dieu en nous, pour connaître l'état de plénitude et de liberté absolues bref, « la vie parfaite et l'état de paix auxquels la créature peut accéder ». A ce stade d'évolution, dit-elle, l'âme est « si brûlante en la fournaise du feu d'Amour, qu'elle est devenue feu, à proprement parler, si bien qu'elle ne sent pas le feu, puisqu'elle est feu en elle-même par la force d'Amour qui l'a transformée en feu d'Amour ». Une métaphore que l'on retrouvera chez un Jean de la Croix quelques deux siècles plus tard…
Ainsi, en laissant son ego devenir lui-même « feu d'Amour », l'âme se découvre telle qu'elle est et a toujours été : unie à l'Amour. Désormais, elle « ne veut plus rien puisqu'elle est libre ». Totalement accomplie dans un Amour qui échappe à la raison, elle vole au-dessus de tous repères, des rituels, de la prière, de la vertu, des dogmes... C'est pourquoi Marguerite fait la distinction entre la « petite église… faite de gens gouvernés par Raison » et la « Grande Eglise » formée par la communauté d'âmes libres. Autant de passages qui ont suscité les foudres de l'autorité ecclésiastique déjà agacée par la haute connaissance spirituelle des Béguines. Voyant dans ces propos une opposition farouche à la morale et un sacrilège de l'institution catholique, l'Inquisition condamne et brûle l'ouvrage jugé hérétique en 1306. Mais Marguerite continue à propager ses idées parmi religieux et laïcs, plus seule que jamais. Car si sa mystique singulière lui a valu la persécution de la part de l'Eglise, elle demeura somme toute assez marginalisée au sein même des Béguines. Bientôt transportée à Paris en 1310, elle est condamnée pour hérésie et périt dignement sur le bûcher.
Bien que sa mystique fut officiellement condamnée lors du concile de 1311, son œuvre est parvenue jusqu'à nous, relançant par-là même le procès toujours actuel de “Raison” contre “Amour” : d'un savoir livresque contre l'expérience mystique personnelle, unique garante de notre libération dans l'Amour. -------------------- Marguerite Porete, née à Valenciennes vers le milieu du XIIe siècle, fut brûlée en place de Grève à Paris, le 1er juin 1310, pour avoir écrit "un authentique chef-d'oeuvre de la littérature spirituelle de tous les temps." (Romana Guarnieri, à qui nous devons l'édition du texte ainsi que l'authentification de son auteur). C'est par hasard, dans une librairie tenue par un ami, que je suis tombé sur la traduction du "Miroir des âmes simples et anéanties". Durant des années, j'ai vécu avec ce livre prodigieux. Il ne s'agit pas seulement d'un témoignage inappréciable sur la vie spirituelle du Moyen Age, mais aussi d'une leçon de vie d'une vibrante actualité. Ainsi, Marguerite Porete m'a donné une compréhension vertigineuse de la formule bien connue : le désir de l'homme est désir de l'Autre. L'intelligence de son discours m'a poussé à interroger ses fondements théologiques et profanes, notamment l'amour courtois. Or n'y a-t-il pas, derrière cette mystique de l'amour fondée sur l'anéantissement de toute volonté propre, un diagnostic troublant, un regard d'une lucidité poignante sur l'époque qui l'a vu naître et qui, curieusement, furieusement, ressemble à la nôtre ? (Luc Richir auteur de Marguerite Porete - une âme au travail de l'Un, Éditions Ousia, Bruxelles, 2003.)
 Bibliographie Marguerite Porete, Le miroir des âmes simples et anéanties et qui seulement demeurent en vouloir et désir d'Amour, Introduction, traduction et notes par Max Huot de Longchamp, Éditions Albin Michel, Paris, 1984 (rééd. 1997).
Chef-d'oeuvre de la première littérature mystique de langue française, Le Miroir des âmes simples et anéanties révèle une richesse spirituelle qui place son auteur, Marguerite Porete, dans la lignée de saint Bernard, Maître Eckhart ou Hadewijch d'Anvers. Du coeur de l'expérience religieuse la plus radicale - Dieu est Amour -, Marguerite Porete pose les questions qui, de l'Évangile au rationalisme moderne, ont façonné l'âme occidentale : l'Amour vrai est-il soumis à autre chose qu'à lui-même ? Fût-ce à la morale ? À la religion ? À Dieu, même ? La force et l'audace de ces interrogations, qui en 1310 conduiront Marguerite Porete au bûcher de l'Inquisition, traversent les siècles à la rencontre de tous ceux qui, aujourd'hui comme hier, "fin Amour demandent". -------------------- Comme dans une pièce de théâtre l'Amour, l'Âme libérée, la Raison, la Vérité, la Pure Courtoisie ou encore la Connaissance de la Lumière Divine, se livrent dans cet ouvrage d'une très grande richesse spirituelle, à un dialogue dans lequel l'auteur pose les questions qui ont façonné l'âme occidentale : L'Amour vrai est-il soumis à autre chose qu'à lui-même ? Fût-ce à la morale ? A la religion ? A Dieu, même ? Désignée comme 'béguine', l'auteur dont la force et l'audace des interrogations nous interpellent aujourd'hui, sera envoyée au bûcher de l'Inquisition en 1310. Autre édition: Marguerite Porete, Le miroir des âmes simples et anéanties,
trad. de l'ancien français par Claude Louis-Combet, texte présenté et annoté par Émilie Zum Brunn, Éditions Jérôme Millon, Grenoble, 1991. Elle était probablement entrée en béguinage, à Valenciennes, dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. Son texte lui valut la persécution de l'Inquisition. Le livre fut d'abord interdit puis brûlé publiquement. Arrêtée, questionnée, condamnée, Marguerite Porete finit sur le bûcher, le 1er juin 1310, à Paris. Le Miroir des simples âmes apparaît aujourd'hui comme une oeuvre majeure de la mystique occidentale. D'une sensibilité théologique proche de celle de Maître Eckhart, il développe, en une écriture magnifique, les thèmes les plus élevés de la spiritualité contemplative : le renoncement à l'identité propre, l'anéantissement de l'esprit dans la lumineuse ténèbre de la divinité, la communion au Dieu inidentifiable, la pure mélodie de l'âme amoureuse. Sauvé comme par miracle des braises du bûcher, le livre de Marguerite Porete témoigne admirablement de la hauteur métaphysique et de la charge affective de la mystique rhéno-flamande du XIVe siècle. Marguerite Porète, Le miroir des âmes simples et anéanties, Traduction et introduction de Olivier Boulnois, Gallimard (Pléiade, Mystiques médiévaux, éd. A. de Libera), Paris, à paraître (2005 ?). Aussi de Olivier Boulnois un article sur Marguerite Porete dans le Dictionnaire du Moyen Age (PUF, 2002), p.880-881. Aux XIIe et XIIIe siècles apparaît un courant de nature à subvertir les fondements de l'Occident chrétien : il s'agit du mouvement béguinal qui gagne principalement les Pays-Bas et la Rhénanie. Marguerite Porete est l'une des figures majeures de ce mouvement. Née à Valenciennes vers le milieu du XIIIe siècle, elle fut brûlée à Paris, le 1er juin 1310, pour avoir écrit " un authentique chef-d'œuvre de la littérature spirituelle de tous les temps ", le Miroir des simples âmes anéanties. La souveraineté de l'Un exige l'anéantissement de toute forme d'altérité susceptible d'amoindrir sa plénitude. C'est ainsi que la " bonté " de Dieu attend de l'âme qu'elle lui sacrifie son existence même, à savoir " toute la différence " qui la distingue du divin. Dieu, ce " Très Haut Jaloux ", n'a qu'un désir : qu'elle lui fasse gracieusement don - " sans pourquoi " - de son être, lequel se confond, pour Porete, avec l'essence de l'humanité : une volonté libre. Journal Recherches de Théologie et Philosophie Médiévales, Volume 64, #2, 1997: Un article de G. Lachaussée L'influence du 'Miroir des Simples Ames anéanties' de Marguerite Porete sur la pensée de l'auteur anonyme du 'Nuage d'Inconnaissance'. . ------------------ Pour plus de détails sur les différentes éditions du Miroir. On y mentionne aussi ceci: "Béguine du Hainaut, peut-être de Valenciennes où son livre, le Mirouer des simples ames aneanties, est brûlé en sa présence avant 1306 ; puis de nouveau condamné à Paris en 1309 ; condamnée par le tribunal d’inquisition le 31 mai 1310, Marguerite est brûlée en Place de Grève le 1er juin 1310 ..... [le seul manuscrit conservé date de la fin du 15e siècle] " 
|