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QUI SUIS-JE ?
Ramana Maharshi
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Toutes les Écritures, sans aucune exception, proclament que pour atteindre le Salut, le mental doit être subjugué; et, ayant connu que le contrôle du mental est leur conclusion finale, il est futile de faire une étude interminable des Écritures. La seule chose requise pour un tel contrôle est une enquête réelle sur soi-même, au moyen de l’interrogation “Qui suis-je?” Comment donc, dans ces conditions, pouvons-nous faire une recherche en quête du Soi, simplement par l’étude des Écritures?
Nous devons réaliser le soi par l’Oeil de la Sagesse. Rama a-t-il besoin d’un miroir pour pouvoir se reconnaître lui-même comme Rama? Ce à qui le “Je” se réfère est renfermé à l’intérieur des cinq gaines (qui sont les gaines physique, vitale et mentale, et les gaines de la Connaissance-Expérience et de la Béatitude), alors que les Écritures sont à l’extérieur. En conséquence, chercher le Soi au moyen de l’étude des Écritures, alors que ceci doit être réalisé en rejetant sommairement même les cinq gaines, serait tout simplement futile.
Se demander “Qui suis-je?”, “Qui est enchaîné?” et connaître sa vraie nature apporte seul la Libération. Garder l’esprit constamment tourné vers l’intérieur, et demeurer ainsi dans le Soi, constitue seul Atmâ-vichara, tandis que Dhyâna consiste en l a contemplation fervente du Soi comme Sat-Chit-Ananda. En vérité, à un moment donné, nous devons oublier tout ce que nous avons appris.
De même qu’il est vain pour celui qui doit balayer et repousser au loin les ordures, de les examiner auparavant, de même il est inutile pour celui qui cherche à connaître le Soi, au lieu de rejeter au loin les tattvas qui enveloppent le Soi, de s’asseoir pour les énumérer ou pour examiner leurs qualités. Il devrait, au contraire, considérer simplement le monde phénoménal qui se rapporte à lui-même, comme un rêve.
À part le fait que l’état de veille est long et que l’état de rêve est court, aucune autre différence n’existe entre eux. Toutes les activités de l’état de rêve apparaissent, au moment même, tout aussi réelles que les activités de l’état de veille semblent l’être lorsque nous sommes éveillés; seulement, durant l’état de rêve, le mental revêt une autre forme ou une gaine physique différente. Car les pensées d’une part, le nom et la forme d’autre part, se présentent simultanément durant les états de veille et de rêve.
Il n’y a pas deux mentals, l’un bon et l’autre mauvais. Ce sont seulement les vâsanâs ou tendances du mental qui sont de deux sortes, bonnes et favorables, mauvaises ou défavorables. Lorsque le mental s’associe avec les premières, il est appelé le bien; et quand il s’associe avec les dernières, il est appelé le mal. Aussi mal intentionnés que puissent nous sembler certaines gens, il n’est pas bon de les mépriser ou de les haïr. Sympathies et antipathies, amour et haine, doivent être également évités. Il n’est pas bon non plus de permettre au mental de reposer souvent sur des objets ou des affaires concernant la vie mondaine. Autant que possible, nous ne devons pas nous mêler des affaires des autres. Tout ce qui s’offre aux autres est en fait une offrande à nous-mêmes; et si cette vérité était réalisée, qui donc serait là pour refuser quelque chose aux autres?
Si l’ego s’élève, toutes les autres choses s’élèveront aussi: s’il s’abaisse, tout s’abaissera aussi. Plus est profonde l’humilité avec laquelle nous nous conduisons, mieux cela vaut pour nous. Si seulement nous gardons notre esprit sous contrôle, qu’importe l’endroit où nous nous trouvons?
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Notes:
Aussi en un mot Sachchidânanda, un seul et même être, égal à Atmâ. Sat: Être pur, l’Existence; Chit: Conscience totale du soi; Ananda: la Béatitude.
Traduction du mot sanskrit manas et du mot anglais mind: le mental, le sens interne caractéristique de la pensée humaine, le sensorium commune des scolastiques, détermination particulière de l’être, l’ego. Toute instruction spirituelle contenue dans ce texte repose sur la façon de faire disparaître ce mental afin de résider dans le Soi. C’est la raison pour laquelle cette expression revient régulièrement dans ce texte. Il n’est bien sûr pas possible de la traduire par un autre mot que le mental, la précision étant dans ce document plus importante que l’harmonie du langage un peu compromise par cette répétition.
Atmâ, Atmân, le Soi, l’Esprit universel, le Principe suprême.
Hridaya, mot de deux syllabes: Hrt et Ayam, qui signifie: “Je suis le Coeur”.
La racine verbale drish a le sens de: voir.
Mauna, le silence parfait, dans le silence d’un silence intérieur et non dans celui d’un manque de paroles imposé par la solitude qui “n’est qu’une attitude mentale”.
Illumination définitive, union totale, aboutissement de la méditation.
Le souffle vital. Prânâyama est le contrôle de la respiration.
Toutes ces pratiques ont été étudiées dans le chapitre précédent : dhyana: méditation, recueillement; mantra: énonciations védiques, formules sacrées; nama: nom; japa: répétition de ces formules.
Toute substance primordiale (Prâkriti) ou toute individualité contient trois gunas ou qualités constitutives, qui sont des conditions d’existence: sattva: conformité à l’essence pure de l’Être; raja: impulsion expansive, dynamisme: tamas: obscurité et ignorance. Une nourriture sattvique est aussi une alimentation au service d’une recherche spirituelle.
L’investigation du Soi, l’instruction spirituelle centrale du Maharshi.
Vishaya: objet et vasanas: les tendances mentales héréditaires ou encore latences psychiques qui envahissent le mental.
Cet état d’absence de passion est aussi appelé par le Maharshi l’”indifférence au monde” ou “absences de pensées dispersées”.
Âme individuelle - Jîvâtmâ : manifestation particulière du Soi dans la vie, donc dans l’individu humain. On peut aussi dire que Jîva est l’intersection du rayon spirituel - Bouddhi - émanant d’Atmâ, avec le domaine des possibilités vitales: espace, temps, matière, forme et vie. Un Jîvan-mukta (de muc, délivrer) est un délivré vivant.
Il ne faut pas confondre Karma, le fruit des actions passées qui se paye dans la vie présente, donc nos actes, nos oeuvres tels qu’ils se déroulent tout au long de notre existence, et dharma. Ce dernier mot signifie attribut, qualité, au sens d’une loi cosmique selon laquelle chacun dispose de telle et telle qualifications.

Ce texte est extrait du livre d’Henri Hartung Présence de Ramana Maharshi, Éditions du Cerf, Paris 1979. Dervy-livres a réédité ce livre en 1987.