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Insuffisance de la compréhension intellectuelle
des enseignements de Krishnamurti
Robert Linssen
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Un correspondant nous demande : comment l'égo peut se dissoudre lui-même ?
Jamais l'ego — qui n'est que mémoires, conditionnements physiques, biologiques, psychologiques — ne peut se dissoudre lui-même.
Mais cet ego, qui n'est que mémoires sur les plans biologiques et psychologiques possède, au delà de sa structure psychosomatique, une zone essentielle d'intelligence libre, inconditionnée.
La méditation — qui constitue la seule « véritable pratique » — consiste à mettre l'égo dans des dispositions de transparence intérieure et de disponibilité telles, que cette Réalité intemporelle, que Krishnamurti désigne par le mot « Inconnu » puisse opérer.
L'ego ne peut dissoudre l'ego mais il peut arriver à réaliser un minimum d'ordre dans son désordre intérieur, de telle façon que la Réalité des profondeurs puisse agir en lui et par lui.
Si nous avons été attentifs à toutes les implications de la perception globale immédiate et de l'attention parfaite, précédemment évoquées, nous remarquerons différents points importants :
1°) l'attention parfaite nécessite d'abord une prise de conscience de l'ampleur de l'action des mémoires du passé sur le présent.
2°) l'attention parfaite tend finalement à libérer l'esprit de l'identification aux mémoires du passé. Elle tend par conséquent à mettre l'être humain dans une situation psychologique libérée de tout choix, de toute préférence, de toute répulsion personnelle.
3°) dans la situation de l'attention parfaite, plus rien ne subsiste de l'action des mémoires du passé. Or, ces mémoires constituent la base fondamentale et l'aliment essentiel de l'égo.
4°) finalement, il ne reste que le corps habité de ses mémoires biologiques indispensables. Mais ce corps n'est plus le support d'un centre actif de mémoires psychologiques, lourdes d'avidités, de revendications, de dominations, de possessivités.
L'ego ne peut dissoudre l'égo. Le « connu » ne peut dissoudre le « connu ». Mais, par suite d'une maturation ou d'une sursaturation de ses tensions, le « connu » peut arriver à se sensibiliser aux richesses de la zone profonde de l'Inconnu. Ce début de sensibilisation est, à certains égard, déjà une action de la Réalité elle-même.
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Parmi les éléments les plus importants conditionnant l'issue de notre recherche intérieure, il importe de citer la nature exacte de notre motivation.
Pourquoi cherchons-nous ? Est-ce le résultat d'une simple recherche de compensation à nos insatisfactions, à nos conflits, à nos douleurs.
Souhaitons-nous, simplement nous retrouver dans une autre situation, au cours de laquelle nous assurerons la continuité de notre ego sous une forme et dans des conditions plus agréables ?
Dans un tel cas, au bout d'un certain temps, nous nous retrouverions inévitablement devant les mêmes problèmes. Les moyens que nous employons conditionnent la fin. La nature des mobiles qui président à notre démarche conditionne complètement l'issue de celle-ci.
Tout mobile personnel nous enferme à notre insu dans le cycle fermé et limité de l'ego. A l'instant même du départ d'une telle démarche, s'élabore dans le champ de notre propre esprit, à notre insu, un ensemble de projections mentales construites par nous-mêmes.
C'est ce que l'on appelle la perpétuation des états auto-projetés.
Le signe distinctif de l'état d'éveil suggéré par Krishnamurti et les « Éveillés » authentiques, c'est qu'il n'est plus un état autoprojeté. La continuité apparente de la conscience de l'égo est rompue et ses résistances, ses tensions conflictuelles sont dissoutes.
A cet instant même se réalise l'irruption soudaine, explosive parfaitement naturelle et sain de la plus pure forme de l'Amour et de l'Intelligence. Tel est l'État Naturel qui n'a rien de mystérieux, rien d'inaccessible, rien d'impossible, contrairement à tous les clichés mentaux que nous suggèrent les ruses de notre esprit ou de ce que certains appellent « le Vieil homme » en nous.
Les anciens instructeurs chinois du Ch'an résumaient en trois mots, merveilleux de simplicité, cette issue suprêmement naturelle de la destinée humaine : « Retourner chez soi ».
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(Revue Être Libre, Numéro 262, Janvier-Février 1975)