Société Le ministre de la Défense André Flahaut confirme le choix de Neder-over-Heembeek
La route se dégage pour les gens du voyage
21 octobre 2003 - Le Soir
C</LETTRINE>e sont de bonnes propositions, c’est ce qu’on attendait. C’est bien. Ce sera encore mieux quand ce sera réalisé. Mais le ministre s’est vraiment mouillé et il ne fera pas marche arrière. Tel est le commentaire de Manuel Charpentier.
MICHAËL CHALKLIN
Manuel Charpentier, le secrétaire national des gens du voyage en Belgique s'exprimait à l’issue de la réunion de concertation organisée lundi après-midi par le ministre de la Défense André Flahaut à son cabinet, à Bruxelles. Le ministre était intervenu, vendredi en urgence, pour sortir du pétrin les trois cents gens du voyage, expulsés jeudi d’un terrain privé à Nivelles avant de s’installer, le soir même et tout aussi illégalement, sur l’ancien circuit automobile. André Flahaut leur a proposé un terrain à Neder-over-Heembeek, en face de l’hôpital militaire.
Les cent caravanes y sont arrivées samedi et y resteront jusqu’à dimanche. La réunion de concertation d’hier concernait les vingt mille gens du voyage que l’on compte en Belgique. Y participaient le ministre, plusieurs militaires, Manuel Charpentier, Ahmed Ahkim, le coordinateur du Centre de médiation des gens du voyage de la Région wallonne mis en place il y a deux ans par le ministre Thierry Detienne, un représentant de celui-ci et le chef de cabinet du bourgmestre de Bruxelles Freddy Thielemans.
Trois points sont à retenir. Primo : une convention sera signée ce mardi pour baliser la solution provisoire et urgente de Neder, indispensable puisque le site de Haren n’est pas encore prêt.
Secundo : On a entamé une prospection afin de trouver des sites militaires pour l’hivernage, précise André Flahaut.
Tertio : En ce qui concerne le passage, on a identifié neuf sites dans l’ensemble des propriétés militaires, cinq en Wallonie et quatre en Flandre. Les communautés de nomades seront conventionnées. Elles devront signaler leur arrivée 48 ou 72 heures avant au Centre opérationnel de la Défense.
J’ai aussi demandé que la Région wallonne et la Région bruxelloise entament une concertation avec les communes, ajoute le ministre. En Wallonie, certaines communes font des choses en faveur des nomades mais ne veulent pas le dire.
Un premier espace d’accueil à Bruxelles
16 octobre 2003 - Le Soir
Nous sommes un peuple oublié. Manuel Charpentier, le secrétaire national de l’Association belge des gens du voyage, résume par ces mots la situation difficile des siens.
Il y a près de 20.000 nomades en Belgique. En Flandre, toute commune de plus de 5.000 habitants doit prévoir un terrain d’accueil pour les Gitans. A Bruxelles, on est loin d’une telle disposition. Pourtant, entre 1.500 et 2.000 Gitans séjournent en moyenne dans la capitale. Pour la fin de l’année, le premier terrain de transit bruxellois sera enfin accessible – à Haren – pour une vingtaine de caravanes. Les chanceux pourront y bénéficier de raccordements au gaz, à l’eau et l’électricité ainsi qu’aux égouts.
Pour tous les autres, le stationnement d’une caravane restera illégal après 24 heures passées au même endroit. Dans l’illégalité, au bord de l’autoroute ou dans un parking, les conditions d’hébergement des gens du voyage ne sont guère confortables. La communauté réclame dès lors une solution durable.
En réponse à cette situation de crise, Alain Daems, conseiller régional Ecolo, a déposé une proposition de résolution au parlement bruxellois. Il espère obtenir, au bas du texte, la signature des autres partis. Son objectif ? La création de quatre terrains de transit. Les nomades pourraient s’y installer pour des périodes de maximum un mois. Ceci à la demande des gens du voyage eux-mêmes, pour éviter que certains ne bloquent le système de roulement.
Alain Daems estime que les mauvaises conditions d’hébergement ne font que renforcer les préjugés dont souffrent les gens du voyage. Des Gitans vivent dans nos pays depuis des siècles et ils n’en sont pas pour autant acceptés.•
S.d.B (st.)
Article du Journal Le Soir su 16 oct 2003
Nivelles L’ordonnance devrait être appliquée ce jeudi matin et des incidents sont à craindre
Trois cents nomades menacés d'expulsion
Un seul terrain d’accueil en Wallonie, à Bastogne. Les nomades se disent persécutés. A Nivelles, la Ville veut les chasser mais ils entendent résister. J</LETTRINE>eudi matin, il n’y aura plus de délai. Je mobiliserai la police locale et fédérale, avec des dépanneuses, s’il le faut. Maurice Dehu (PS), le bourgmestre, entend faire appliquer sans condition l’ordonnance d’expulsion rendue mercredi matin par le tribunal de première instance. Cette ordonnance en extrême urgence mettra à la rue 300 nomades installés illégalement depuis dimanche soir sur un terrain privé d’1,8 ha, au carrefour de la chaussée de Hal et de l’avenue de l’Europe.
Michaël Chalklin 16 octobre 2003
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Société La Région favorise la réflexion en s’appuyant sur l’expérience française
Escale pour les gens du voyage
04 octobre 2003 - Bernard Barbieaux
Les communes éprouvent des difficultés à gérer l'afflux des gitans. Des expériences utiles sont menées. Celle de la France retient l'attention.
BERNARD BARBIEAUX
Le centre de médiation des gens du voyage organisait vendredi un colloque sur la conception d'aires d'accueil spécifiques pour ces populations nomades. Une problématique épineuse, tant les réticences sont nombreuses face à ce type d’infrastructure. Nous sommes face à des obstacles culturels, il faut changer les mentalités, explique le ministre Thierry Detienne (Ecolo), qui a participé à la matinée de réflexion à Wépion. En ce qui concerne l’aménagement d’aires d’accueil, nous sommes conscients que les bourgmestres sont en porte-à-faux. Parce que, dans l’opinion publique, ce type de structure est ressenti comme une invitation faite aux Gitans. En fait, elle ne fait que répondre à un vieux problème que l’on refuse de regarder en face.
A titre d’exemple, une infrastructure de ce type vient de voir le jour à Bastogne, sur l’une des importantes voies de transhumance du peuple gitan. Elle n’a été inaugurée ni par les autorités communales ni par le ministre qui a pourtant subventionné l’opération. Il n’y avait pas lieu de braquer les projecteurs sur cette initiative, dit ce dernier. Le but est précisément qu’elle passe le plus inaperçue possible, dans le quotidien de la population.
La politique de la Région à l’égard des communes est basée sur l’accompagnement et l’information plutôt que sur la contrainte. Des outils comme le centre de médiation ou comme les subventions à l’aménagement d’aires d’accueil (jusqu’à 60 % pour les aménagements et 90 % pour la voirie) ont été créés dans ce sens.
Des représentants de communes, de zones de police, du monde associatif, mais aussi des gens du voyage étaient présents hier à Wépion.
Ainsi cette habitante de Hotton, qui face aux difficultés rencontrées par la commune pour créer une aire d’accueil permanente, a pris le relais en proposant divers sites privés avec des infrastructures sanitaires mobiles à disposition des Gitans.
Aussi présent, le sociologue et anthropologue Alain Reignez, qui a tenté d’expliquer à la fois les modes de fonctionnement des communautés gitanes, mais également comment les mentalités commencent à changer.
Une des interventions les plus intéressantes est venue de l’architecte français Luc Monnin, spécialisé depuis quinze ans dans l’aménagement de ces aires d’accueil (voir ci-dessous).
Dans la salle, certains se sont levés pour poser le problème de l’habitat permanent dans les campings, particulièrement aigu en Wallonie. Un dossier qui se rapproche sur certains points de la problématique du jour, tant certains sont démunis des infrastructures les plus élémentaires.
« On nous a pris pour des fous »
04 octobre 2003 - Le Soir
Cela fait quinze ans que Luc Monnin construit des aires d’accueil pour les gens du voyage à travers toute la France. Une activité qui a pris une ampleur considérable depuis deux ans, et le vote d’une loi qui oblige les communes françaises à l’aménagement de ce type de structure sur base de schémas départementaux.
Au départ, notre cabinet d’architectes a été sollicité. Rien n’existait. Aucun référent technique ni social. On s’est très vite rendu compte qu’il fallait dépasser le savoir-faire technique pour comprendre en profondeur comment fonctionnent les différentes communautés, explique Luc Monnin qui est parti à la rencontre des gens du voyage, pour tenter de comprendre. Au début, on nous a pris pour des fous. Nous-mêmes, nous nous sommes dit que c’était un problème culturel et que les gens du voyage ne pourraient pas s’adapter. En fait, c’est nous qui n’étions pas capables de nous adapter à leur culture.
Les premières réalisations fonctionnèrent par essais-erreurs, la communauté gitane ne pardonnant rien : Si vous vous trompez, soit ils s’en vont, soit ils détruisent. Aujourd’hui, nous avons des sites construits depuis quinze ans et qui n’ont jamais subi de dégradations.
Souvent, il suffit de se parler, témoigne l’architecte. Ainsi, lorsque nous cherchions quelle était la taille minimum de l’emplacement à réserver pour les caravanes, nos propositions métrées ne leur disaient rien. Et puis quelqu’un m’a dit : Si je me dispute avec ma belle-mère, il faut que je puisse faire pivoter ma caravane pour que je ne voie plus la sienne depuis ma porte d’entrée. C’était tout simple. Nous avons aussi eu des problèmes avec les sanitaires. Ils ne les utilisaient pas ou les cassaient. Religieusement, pour eux, l’excrément est quelque chose de mauvais, qui est expulsé du corps. Personne ne doit donc les voir aller aux toilettes. Et puis un d’eux m’a dit : « Ma fille, elle les utilise. Elle prend simplement un essuie avec elle et les gens croient qu’elle va s’y laver les mains ». C’était gagné : nous avons placé les toilettes dans le bâtiment des douches.
Luc Monnin plaide pour l’accompagnement. Il ne faut pas laisser faire n’importe quoi. Il faut bien distinguer les endroits de passages courants, ceux de passages exceptionnels, ceux qui accueillent des groupes simples, de grands groupes ou des rassemblements géants… Tous ne nécessitent pas le même traitement.•
B.B.