| Je m'appelle Regina Louf et je parle au nom du Parti Radical Transnational. Je voudrais avant tout remercier le rapporteur spécial Mme Ofelia Calceta-Santos pour son excellent rapport, qui pour la première fois rend compte de certains aspects de la prostitution enfantine en Belgique et aux Pays-Bas. Nous avons le droit de ne pas être crus quand nous parlons d'abus sexuels qui sont le fait de filières organisées à travers l'Europe. Nous avons le droit de voir la presse, les hommes politiques et notre système juridique se moquer de notre témoignage; nous avons le droit de les voir dénaturer nos paroles et rendre notre témoignage ridicule.
Nous avons le droit de voir les avocats des abuseurs, secondés par des juges incompétents, des policiers corrompus et des psychiatres dont la seule ambition est de prouver que les enfants mentent facilement.
Nous avons le droit de nous taire et de nous estimer heureux parce que nous - les enfants d'Europe - nous avons de la nourriture et nous recevons de l'instruction. Les abus et la terreur, la négligence et les abus sexuels, tout cela est dissimulé derrière les murs de nos maisons et de notre pays. Nous avons le droit de nous rendre compte qu'en dépit de notre témoignage, ceux qui ont abusé de nous peuvent continuer à vivre dans notre maison, dans notre rue ou dans notre quartier. Ils ne sont pas punis parce que ce sont des adultes brillants et intelligents et nous, nous sommes traités comme des enfants à l'imagination délirante.
Nous avons le droit de voir que les photos pornographiques qu'ont prises de nous les abuseurs sont diffusées sur Internet, à travers le monde entier, sans même qu'il existe un système apte à punir ceux qui les diffusent - parce que les gouvernements d'Europe négligent le problème. Nous avons le droit de rire et d'avoir l'air tout à fait normal, sans quoi les abuseurs pourraient torturer notre sœur, nos amis ou nos animaux. Si nous avertissons quelqu'un, nous serons, selon leurs dires, responsables des sanctions et des sévices qu'ils subiront. Aussi les croyons-nous sur parole, car nous avons fait l'expérience de ce dont ils menacent.
Nous avons le droit de souffrir à l'insu de tous, dans une guerre qui n'existe qu'aux Philippines - où la prostitution enfantine se passe au grand jour. Si l'on en croit nos hommes politiques et nos autorités judiciaires, la prostitution enfantine n'est pas visible - aussi n'existe-t-elle pas.
Nous avons le droit de ne pas avoir de droits, car nous devons continuer à vivre sous la menace d'abuseurs intelligents et qui ont su se protéger - et si nous avons le courage de parler, personne ne nous aide à nous préserver de nos abuseurs. Nous avons le droit de ne pas être entendus par les juges des tribunaux. Les enfants n'ont pas voix au chapitre dans notre système judiciaire. Nous avons le droit de nous sentir coupables, parce que nous n'avons pas eu les moyens d'aider d'autres victimes. Depuis des générations, la société occidentale ne leur donne pas le droit à la parole. Seuls les enfants menant une vie normale ont le droit à la parole, grâce à la présence d'une famille normale; il n'y a qu'eux qui peuvent être montrés au reste du monde.
Nous avons le droit d'être confrontés aux petites erreurs que nous avons faites : par exemple, si nous nous sommes trompés sur la couleur de la voiture qui, un soir, nous a emmenés vers une partie de débauche. Une seule erreur suffit, aux yeux des policiers, des juges et des avocats, à jeter le discrédit sur notre témoignage.
Nous avons le droit de voir nos abuseurs repartir à zéro, être réhabilités et bénéficier d'un traitement gratuit - pendant que nous devons souffrir et payer notre thérapie sans aucune chance de voir notre combat reconnu.
Nous avons le droit d'être traités sans aucun respect, vis-à-vis de nous-mêmes, de notre témoignage ou du traumatisme que nous avons subi, de la même manière que nos juges et nos hommes politiques considèrent que la prostitution enfantine n'existe pas : ce ne sont que des histoires à dormir debout, des légendes des temps modernes. Voilà les droits dont jouissent les enfants victimes des filières du sexe en Belgique et en Europe.
Parfois, à la télévision, nous voyons nos abuseurs qui nient catégoriquement avoir maltraité sexuellement des enfants. Parfois, nous voyons, et nous pouvons le prouver, que des officiers de police ont été jusqu'à dénaturer notre témoignage pour montrer que les filières sexuelles n'existent pas et que ceux qui en sont soi-disant sortis veulent simplement attirer l'attention sur eux. Les faits : une fille sur huit est victime d'abus sexuel - un garçon sur dix est victime d'abus sexuel. Et lorsque mon souteneur a avoué à la police ce qu'il m'avait fait subir entre l'âge de douze et seize ans - il s'est trouvé un magistrat pour déclarer à la presse de mon pays que j'étais la seule à blâmer. Parce qu'à douze ans j'avais presque un corps de femme adulte et que j'étais amoureuse de l'homme qui me prostituait. Mon témoignage est à présent utilisé en Belgique pour réprimer toute nouvelle victime d'abus sexuel organisé dont les victimes sont des enfants.
Merci Monsieur le Président. | My name is Regina Louf and I speak on behalf of the Transnational Radical Party.
First of all I would like to thank the special rapporteur Ms Ofelia Calcetas-Santos for her fine report which reflects for the first time some aspects of forced child prostitution in Belgium and The Netherlands. - We have the right not to be believed when we talk about sexual abuse, in group and organised in Europe. - We have the right to see how the press, politicians and our justice system laugh about our testimony. How they twist our words and make our testimony look ridiculous. - We have the right to see how the lawyers of the abusers are assisted by incompetent judges, burned out police officers and psychiatrists who just like to prove that children lie easily. - We have the right to be silent and to be happy because we, children of Europe, have food and education. The abuse and terror, neglect and sexual abuse is well hidden behind the walls of our homes and our country. - We have the right to realise, although we have testified, that our abusers can live again in our home, our street or neighbourhood. They are not punished because they are intelligent, successful adults and we are treated like children with an overdose of imagination. - We have the right to see our pornographic photographs, taken by our abusers, published on the internet, all around the world, without a proper system to punish the ones who put them there, because the governments of Europe neglect the problem. - We have the right to laugh and act normally, because otherwise the abusers torture our sister, friends or animals. If we alarm somebody, so they say, we will be responsible for their torture and punishment. So we believe them, because we have experienced that their threats are real. - We have the right to suffer invisibly and isolated in a war that supposedly only exists in the Philippines, where child prostitution is practised openly. According to our politicians and justice system, there is no visible evidence of child prostitution, so it does not exist. - We have the right to have no rights at all, because we have to survive under the threat of our intelligent and well adapted abusers and, even if we have the courage to speak, no one helps us protect ourselves from our abusers. - We have the right not to be heard by the judges in a courtroom. Children have no voice at all in our justice system. - We have the right to feel guilty, because we didn't have the power to help other victims, who, generation after generation, have no voice in the western society. Only the “normal” children, supported by their “normal” family have the chance to speak out and are shown to the world. - We have the right to be confronted with little mistakes we made, like the colour of the car we were driven in at night, when we were brought to a sex party. If we make one mistake, the police, judges and lawyers find our testimony worthless. - We have the right to see that the abusers can start all over again, how they are forgiven and get reinstated or get free therapy, while we have to suffer and pay our therapy ourselves without any chance for recognition. - We have the right to be treated with no respect for ourselves, our testimony and our traumas, just like the way our judges and politicians treat child abuse, pornography and prostitution, as non-existing, wild stories, urban legends. These are the rights that children of sex rings get in Belgium and Europe.
Sometimes we see our abusers on television, flatly denying the fact that they abuse children in any way.
Sometimes we see and we can prove that our police officers even falsify our testimony to show that sex rings don't exist and survivors only want attention.
Fact : one out of every eight girls is sexually abused; one out of every ten boys is sexually abused. And even when my pimp admitted his crimes against me - when I was between twelve and sixteen - to the police, a justice official told the press in my country that I was the one to blame, because at twelve years old, I had an almost full-grown female body and I was in love with the man who prostituted me. My testimony is now used in Belgium to discredit all the other victims of organised child abuse.
Thank you Mister chairman |