LE VISHNOUISME ET LA DOCTRINE DU VISISHTÂDVAÏTA Le Vishnouisme est l'une des branches majeures de l'Hindouisme. C'est la religion de la bhakti par excellence, la voie de la dévotion et de l'adoration envers Vishnou, Nârayâna considéré comme Dieu suprême. C'est le culte de a beauté transcendante et de la forme. La doctrine du Visishtadvaita Vedanta : La philosophie Visishtâdvaita ou "non dualisme qualifié", deuxième école du Védanta tend à concilier la théorie de la non dualité et l'aspiration religieuse, la voie de la bhakti. Râmanuja (vers 1030-1137) grand réformateur religieux et philosophe, descend d'une lignée de saints bhaktas du sud de l'Inde, les "Alvars". S'opposant au non dualisme absolu de Shankara, il bâtit son propre système. En accord avec la Bhagavad-Gita, Dieu n'est pas seulement pure pensée, mais "Personalité" suprême, (Purusha uttama). Il est "Sat-Chit-Ananda" pure existence, pure conscience et félicité absolue et doté des attributs de la perfection tels que beauté, puissance ...à un degré infini. Selon l'école de Râmanuja, Dieu est à la fois transcendant et immanent. Si la création représente son énergie externe, "acit" , son corps matériel, et ne fait qu'un en essence avec Lui, Vishnou est l'Âme universelle, source et soutien de toutes la création. Bien qu'omniprésent au moyen de son énergie externe, et ne faisant qu'Un avec la création qui émane de Lui, Il est en même temps différend et distinct en tant que Personne divine. C'est le postulat du non-dualisme mitigé ou non dualisme qualifié. A la fois Un et différent. "Il émet l'univers entier de Brahmâ aux êtres animés, stable dans sa propre forme" (Shribhâshya de Ramanuja) La doctrine de Râmanuja est exposée dans le Védantasamgraha, le Crî Bhâsya et le Gita Bhâsya, commentaires aux Védanta-Sutras et à la Bhagavad Gita. Le but de la philosophie Visishâdvaita est de comprendre et d'expérimenter Brahman, la réalité Une complète et omniprésente qui est la base et le soutien de l'univers, le fil sur lequel sont enfilées les perles. Les "perles" que sont les êtres vivants et la matière sont les attributs inséparables de Dieu en tant que Personne suprême, ce sont les modes de son Etre. Brahman est l'absolu, l' Infini mais pas seulement en termes physique mais aussi métaphysique et qualitatifs. Brahman est la demeure de toute conscience, il est infiniment auspicieux, éternellement bienheureux, miséricordieux, suprêmement gracieux et d'une infinie beauté...La relation entre Dieu et l'univers est Amour car tout ce qui est émane de Lui. Nous sommes pour Dieu ce qu'un enfant est à son parent, un ami à son ami, une amante à son bien-aimé. Brahman se manifeste dans sa relation avec l'univers et les âmes individuelles comme le Soi de chacun, le soutien et la base de leur propre réalité. Par conséquent il faut comprendre la matière et les âmes individuelles comme le corps de Brahman, l'Etre suprême en qui toute réalité est comprise. Tout ce que nous voyons n'est qu'une expension de la plénitude de sa glorieuse et omniprésente essence ; c'est pourquoi le Nom favori pour Dieu chez les Cri-vaisnavas est "Nârâyâna" Celui en qui tout repose. Dieu, les êtres animés, le monde : La pluralité des âmes et du monde n'est pas seulement une illusion mais une réalité relative. Comme le corps et l'âme forme une unité, le monde est un mélange d'énergie (Prakriti) consciente et inconsciente. La différence entre Dieu, Paramâtma, le Seigneur et l'âme distincte, le Jiva, est un degré de dépendance, l'un étant la source, l'autre un mode conjugué de la même Substance. Le jiva est une étincelle faite de la même énergie que Dieu mais dans une proportion infime, un atome spirituel, un centre de conscience qui rayonne dans tout le corps, comme une lampe diffuse sa lumière. On compare quelquefois la relation entre l'âme divine et l'être distinct à deux oiseaux jumeaux perchés sur une même branche. L'un, sous l'influence de l'illusion des formes extérieures est plongé dans l'action tandis que l'autre, éternel témoin, le contemple immobile. Au contact de la matière, le Jiva, dans sa recherche insatiable du bonheur, dirige son amour vers les objets des sens. Il perd alors le souvenir de son origine divine, oublie sa vocation qui est de servir et d'aimer Dieu et fait l'expérience de la souffrance. La magie du monde et son pouvoir d'illusion (maya) obscurcissent la conscience du jiva qui s'attache aux formes matérielles éphémères. Enchaîné par des actes intéressés (karma) , non conformes au Dharma, l'être distinct se voit entrainé dans le cycle des réincarnations. Après de nombreuses naissances, sans cesse frustré, il en vient à prendre conscience de sa condition. Au moyen conjugué de sa propre énergie et de la grâce du Seigneur, dans la voie de la bhakti, il ravive sa conscience divine, réalise sa nature spirituelle et participe au jeu divin dans une union mystique avec Dieu. Mais même libéré, le jiva conserve son individualité. Il vit près de Dieu ou en Dieu sans jamais se fondre totalement dans le Brahman indifférencié. L'Âme universelle, émanation du Seigneur Vishnou, source et soutien de la création, rayonnant du coeur de chaque univers, n'est pas affecté par les modifications de son énergie externe. A la fin d'un cycle, les âmes individuelles réintègrent l'âme universelle sans pour autant s'y abimer totalement. L'énergie divine, les shaktis : L'énergie du Seigneur, sa volonté d'être, revet trois formes principales. : - L'énergie de sa forme propre ou énergie interne (Svarupa Shakti) à laquelle participent les différentes formes et expansions du Seigneur sur les plans divins, les avatars agents de la création, les avatars incarnés en différents lieux de l'univers, son entourage, ses serviteurs les âmes libérées. - L'énergie externe, ou la puissance créatrice (Maya shakti ou Prakritti) qui est caractérisée par les trois qualités (les gunas). Lorsque les gunas sont en équilibre, on dit que Prakriti est au repos. Le monde est dans son état non manifesté. Quand il y a déséquilibre, au début d'un cycle, le processus de la création se met en marche. - Entre les deux se situe l'énergie particulière du jiva, ou énergie marginale car l'être distinct bien que de nature spirituelle, fait l'expérience de la dualité et de la séparation en tombant sous l'illusion de l'énergie matérielle. La Bhakti : La Bhakti, consécration et participation de l'âme à Dieu, est la voie du salut, prépondérante sur les autres voies. La bhakti est un sentiment d'amour intense et constant de l'âme humaine en quête de son Seigneur. C'est dans le vishnouisme qu'elle a été le plus clairement exprimée, mais elle dépasse les clivages des religions, car telle est notre vraie nature spirituelle, notre lien originel avec Dieu. A la fois Une et distincte, participant à la vie divine, l'Âme est Radha, l'éternelle amante du Seigneur Krishna. Le vishnouisme représente donc la voie du coeur, le chemin du retour, et rend l'homme à sa vraie vocation. La relation entre Dieu et son dévot bien qu'Une dans son essence, est dualiste dans sa forme. Elle fait l'objet des écritures saintes de l'hindouisme telles que la Bhagavad-Gita et les Puranas. Cette relation, cette quête éternelle du Divin, la bhakti, sans cesse renouvelée, a été chantée au cours des siècles dans d'admirables poêmes qui feront l'objet principale de ce groupe. (Parmi les modes d'expression de la bhakti, il en est un qui est universel, totalement libre, au delà des critères de de castes, d'appartenance religieuse, de rituels, bien éloigné des polémiques nées de la spéculation philosophique, et que nous avons voulu partager : c'est la poésie, le chant de louange des gloires divines). Les textes de la tradition : Hormis le Mahabhârata et la Bhagavad Gita qui en fait partie, certaines Upanishads, textes qui font autorité dans le védanta, ont été intégrées dans la tradition vishnouite. Mais c'est dans les Puranas qu'est exposée la doctrine des avatars et ou est affirmée la prépondérance de la bhakti, comme voie de salut. Le plus ancien des Puranas vishnouites est le Harivamsa, qui est d'ailleurs considéré comme une annexe devant être rattachée à l'épopée du Mahâbhârata. Viennent ensuite le Vishnu Purana, le Bhagavata Purana ou Srimad Bhagavatam et d'autres moins importants comme Padma, Narada, Kurma, Matsya, Brâmavaivarta ... Il est à noter que Râmanuja dans l'exposé de sa doctrine cite abondamment le Vishnu Purana qu'il reconnait comme texte faisant autorité alors qu'il ne fait pas allusion au Bhagavata qui deviendra pourtant le texte de référence dans d'autres sampradayas. Bien qu'on ne puisse fixer de dates concernant la complitation de ces textes anciens, le Srimad Bhagavatam semble être le plus récent, il est aussi le plus achevé des Puranas vishnouites. Les trois aspects du Divin: (développé ultérieurement dans le Srimad Bhagavatam) Vishnou, Dieu, est perçu sous trois aspects : le Bhagavan, Personalité suprême et transcendante, le Paramâtman, l'âme divine localisée dans le coeur de chaque être, soutien et force de cohésion immanente dans l'univers, et le Brahman énergie de lumière infinie et indifférenciée, l'Absolu impersonnel selon le védanta. (Comme dans le soleil, la forme de l'astre, les particules et la lumière omniprésente ne font qu'un, l'astre demeure la source) Certaines lignées comme les vaisnavas du Bengale, considèrent qu 'ils correspondent à des niveaux de conscience gradués dans la réalisation du Divin, la réalisation du Brahman impersonnel en serait le premier niveau mais cette théorie n'est pas partagée par tous.)
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