RÂMANUJA
Râmanuja (qui signifie frère cadet de Râma) est né en 1017. Il fut éduqué selon les règles de sa caste et fit preuve dès son plus jeune âge d'un intelligence exceptionnelle. A seize ans, il fut marié puis devint le disciple d'un maitre de l'école de Cankara mais se trouva vite en conflit avec les conceptions non dualistes du maitre... Au cours d'un pélerinage vers Benares, réalisant qu'il devenait un danger et qu'il risquait d'introduire l'hérésie au sein du védanta, on décida de le faire périr dans le gange. Râmanuja informé de ce projet quitta le groupe et se cacha dans la forêt. Il était perdu dans la jungle, épuisé, à bout de forces quand un oiseleur et sa femme apparurent inopinément et le réconfortèrent...ils cheminèrent ensemble jusqu'au coucher du soleil.Ils s'installèrent au pied d'un arbre pour dormir. A son réveil, Râmanuja découvrit qu'il était à nouveau seul, et réalisa qu'il se trouvait à proximité du temple de Varadarâja. Il comprit que ses guides de la soirée n'étaient autre que le seigneur Vishnou et son épouse Lakshmï qui en une seule nuit l'avait l'avaient transporté à plus de mille kilomètres...Quelques mois plus tard, les advaitiuns de retour de Bénares, furent surpris de retrouver Râmanuja qu'ils croyaient mort. Le maître advaitin lui offrit de reprendre ses études, ce à quoi Râmanuja acquiesa. Mais à l'occasion d'une autre dispute, au sujet de l’interprêtation du Védanta, Yadava chassa Râmanuja le trouvant indigne de son enseignement.
Pendant ce temps, Yamunacharya, qui se faisait vieux et qui cherchait un successeur entendit parler de Râmanuja. Il envoya un disciple à Kanci pour le ramener à Crirangam. Râmanuja se rendit à la requête du maître et partit en direction du sud. Parvenant à Crîrangam, Râmanuja rencontra un convoi funèbre, c’était celui de Yamunacharya. Ses disciples se désolaient sachant avecx quelle impatience il avait attendu l’arrivée du jeune homme. Il appris que Yamuna regrettait de n’avoir pu rédiger un commentaire des Védantasutras qui opposerait la vraie doctrine « visishtadvaita » au non dualisme de Cankara. A ces révélations, Râmanuja leva la main droite et s’écria : »Si ma vie est assez longue, je m’efforcerai d’accomplir ses dernières volontés » Alors la foule le proclama « flambeau de la vraie foi ». Il retourna à Kanci où l’appelait son adoration pour Vishnou-Varadarâja et désira prendre comme maître spirituel un simple shudra , pieux vishnouite, qu’il avait rencontré dans son enfance. Ce dernier respectueux de la tradition commença par refuser puis un soir qu’il suppliait le seigneur Varadarâja, le dieu lui fit cette réponse en six points :
1 / Je suis la réalité suprême.
2/ La vraie croyance est celle qui proclame la différence entre l’individu et l’âme suprême.
3/ Le moyen le plus simple pour qui cherche le salut est de prendre refuge en Moi.
4/ Il n’est même pas nécessaire au moment de la mort de concentrer sa pensée sur Moi.
5/ Mes fidèles à la fin de leur existence demeurent en Moi éternellement.
6/ C’est Mahapurna qui doit être le père spirituel de Râmanuja.
Dès le matin suivant, Kancipurna fit part à son ami du message divin et Râmanuja se réjouit. Mahapurna demeura six mois à Kanci lui enseignant la sainte doctrine et lui récitant les stances du Prabandham…
Les fidèles désiraient voir Râmanuja s'établir à Crîrangam et le jeune maître dut accepter de quitter Varadaraja sa divinité d'élection. En arrivant dans le temple de Crîrangam, Râmanuja tomba aux piedsq de la statue du seigneur Ranganâth et y demeura en extase. Bien que chef de la communauté, le jeune sannyâsin jugeait qu'il n'avait pas fini d'approndir les écritures. Il demanda à Mahâpûrna et à Gôstipûrna de parfaire son éducation. Il fut initié à la formule suprême (mantra) et aux vérités qu'elle recouvre à la condition formelle de ne pas les réveler à quiconque. mais l'amour brulant de Rânanuja pour le Seigneur et pour tous les êtres se pouvait se satisfaire d'un tel ésotérisme, et malgré sa promesse, il proclama ouvertement devant l'assemblée des fidèles les saintes vérités. Ses maîtres finirent par se rendre compte que Râmanuja en savaient plus long que Yamunacharya lui-même et qu'il était un avatar divin. Râmanuja composa ses premières oeuvres. Il rédigea un manuel de rites quotidiens le Nityagrantha puis s'attacha à commenter la Bhagavad Gita. A cette époque un célèbre pandit adepte du védanta de Cankara voulut se mesurer en joute à Râmanuja. Il fut vaincu par la force de ses arguments et demande à être admins dans la communauté. Suivant la tradition Râmanuja désira visiter les sanctuaires des diverses contrées de l'Inde. Il demeura une année à Tirupatti ou se trouvait un sanctaire des Alvars. De retour à Crîrangam, il rédigea le commentaire aux sutras, le Crî-Bhâshya. Ses périodes de travaux alternaient avec celles de ses pélerinages. Ses disciples lui firent valoir qu'une doctrine pour le salut de l'humanité devait être répandue à travers le monde. Il décida d'entreprendre une tournée dans le nord de l'Inde. Il gagna la côte du Kerala, puis remonta vers le nord et finit par atteindre la sainte Mathura et le Vrindavan. De là, il voyagea au Kashmir ou il défit lors d'une joute les pandits kashmiriens. En redescendant, il s'arrêta à benares, puis visita le pays de Râma et de Sita, Ayodhya et Mithila. Il reprit par le Bengale la direction du sud faisant dans divers sanctuaires. Il regagna le sud par Tirupati alors que se réveillait une vieille rivalité entre Vishnouites et Shivaïtes. A la suite de ce second pélérinage, l'influence du maître s'étendit toujours davantage. De nombreuses anecdotes mettent en lumière le peu de cas qu'il faisait de la caste.
Un roi shivaïte du pays Côla entreprit de convertir de force tous les vishnouites. Râmanuja après avoir demandé conseil à Shrî Ranganâth, pris le chemin de l'exil en direction de Maïsore accompagné de quelques fidèles. En chemin il accomplit de nombreux miracles. Ils atteignirent un petit royaume où vivaient de nombreux jains. Le roi lui-même vassal de l'empereur musulman de Delhi était un jain. Le couple royal qui avait une fille possédée par un démon, accueillit favorablement ces saints hommes venus du sud. a la demande du roi, Râmanuja consentit à se rendre au palais et fit asperger la princesse avec de l'eau sanctifiée et aussiôt elle fut guéris. La famille royale se convertit alors au vishnouisme au grand mécontentement de leurs sujets mais ceux-ci témoins de plusieurs miracles finirent par se convertir en masse. Râmanuja demeura donc au Maisore répandant la vraie foi à l'entour. Durant ce séjour, il eut en songe la vision d'une grande statue de Nârâyana perdue dans la forêt. Il chercha selon les indications de son rêve et trouva une statue de Vishnou-Nârâyana enfouie depuis des siècles sous une fourmilière. A cet endroit même il fit construire une ville dont il avait tracé les limites. On édifia un temple splendide sur l'emplacement de la fourmilière. mais il manquait une statue de procession et Râmanuja apprit que cette statue existait et qu'elle avait été volée par les musulmans et se trouvait actuellement dans le palais du sultan à Delhi.
Le maître entreprit alors le voyage à Delhi ou l'empereur bienveillant le fit conduire dans ses palais. L'empereur se prit de vénération pour le saint homme et l'introduit dans l'appartement des femmes au mérpis de toutes les règles, où se trouvait effectivement la statue. Le sultan fidèle à sa promesse l'autorisa à l'emporter et le groupe des vishnouites reprit la route du sud. Mais la fille de l'empereur s'était éprise de Vishnou telle Andal jadis, et devant le désespoir de sa fille l'empereur se ravisa. On envoya une compagnie d'hommes aux ordres du jeune prince Kubera qui était amoureux de la princesse. Celle-ci obtint l'autorisation de se joindre à la troupe, à la recherche des vishnouites. Après un long voyage, la princesse arriva à Melukote où Râmanuja avait intronisée l'image du dieu. Râmanuja lui permit bien que née musulmane de pénétrer dans le sacntuaire, ses voeux furent comblés et elle décida de vivre près du temple. Kubera lui aussi se consacra au culte de Vishnou.
Pendant ses dernières années d'exil, Râmanuja soutint de longs débats philosophiques avec des bouddhistes qu'il est dit avoir convertis. Il reçut des nouvelles de Crîrangam. Le roi Côla avait fait poursuivre les vishnouites dans tout le royaume, détruit leurs temples et fait abattre les statues. Mâhapurna et Kureça, ses proches disciples avaient eu les yeux arrachés par le roi Côla, et Mâhapûrna mourrut des suites de cete mutilation, quant à Kureça il vivait toujours à l'écart du temple. Ce triste état de choses se maintenait depuis des années quand enfin le persecuteur mourut. Son fils au contraire qui était favorable au Vishnouisme lui succéda et la persécution s'arrêta aussitôt. Râmanuja après plus de douze ans d'exil put songer à regagner Crîrangam. Le maître eut grand peine à s'arracher à cette ville de Melukote qu'il avait coinstruite et à Râmapriya qu'il y avait ramenée. Il laissa sa propre image dans le sanctuaire pour consoler la cité désolée de son départ. Son retour à Crîrangam fut triomphal. Parmi les destructions des fanatiques, la statue du temple de Govindaraja à Cidambaram avait été enlevée. Une courtisane dévouée à Vishnou alla repêcher la statue dans l'océan et la fit emporter en cachette à Tirupati. A son retour Râmanuja informé de ces faits, se rendit à Tirupati et fit bâtir un temple en l'honneur de Govindaraja. Le fils du roi persécuteur apprenant son retour se porta au devant du maître, se jeta à ses pieds et demanda de l'absoudre des fautes paternelles. râmanuja y consentit volontier et lui conféra les sacrements vishnouites. Le souverain abandonna au saint homme toute la juridiction du temple. A cette époque Râmanuja avait atteint sa centième année. Râmanuja présenta alors le fils de Kureça comme futur chef de la communauté. L'esprit en repos il consacra ses dernières années à la diffusion de son enseignement. Il donna ses dernières instructions à ses disciples leur rappelant qu'il n'y avait qu'une vraie foi, le Crîvaisnavisme. Il confia à l'un de ses disciple le soin de retourner au Maisore.
Il quitta cette vie paisiblement en l'an 1137 agé de cent vingt ans.