LES ALVARS
(ref La mystique vishnouite d'A-M. Esnoul)
C'est le nom de la lignée des douze saints poêtes du pays tamoul. Les trois premiers, Poygai, Budata et Pey sont originaires de la région de Madras. On raconte qu'une nuit de mousson, ils cheminaient tous trois séparément et furent surpris par un terrible orage.La volonté divine les conduisit vers le même abri. L'étroitesse des lieux les força à se tenir debout et ils prirent soudain conscience que Dieu s'était glissé entre eux et ils se mirent à chanter spontanément des chants d'acdtion de grâce, les "Tiruvandâdi". Le quatrième Alvar, Tirumalisaï, de basse caste les rejoignit et ils se mirent à composer des poêmes.
Plus tard apparu Namâlvar, le premier de la deuxième période et le plus célèbre de tous. Il appartenait à la plus basse des quatre caste, les shudras. Il resta assis sous un tamarinier jusqu'à l'âge de seize ans en méditation jusqu'à ce que son disciple Madhura Kavi vint le retrouver. Le Seigneur Vishnou favorisa alors Namâlvar d'une vision et il se mit à écrire le "Prabandham" recueil de quatre livres résumant la véritable signification desq Védas en langue tamoul. Il abandonna son corps à trente cinq ans et son disciple Madhura Kavi passa le reste de son existence à chanter les hymnes du Prabandham.
L'âlvar suivant, Kulaçechara, était roi du Kerala. On suppose qu'il a vécu dans la première moitié de IX ème siècle. Ses préoccupations religieuses prirent le pas sur ses soucis politiques et son absorption dans la pensée du Seigneur Vishnou était si grande qu'il finit par abdiquer pour se consacrer à la visite des sanctuaires. Il composa le Perumal Tirumoli et la Mukundamala.
Les deux âlvars suivants sont Periâlvar et Andal. Un jour que Periyâlvar revenait de cueillir des fleurs pour le culte, il vit sur le chemin un enfant nouveau-né, une fillette merveilleusement belle qui lui souriait. Il la recuillit et l'éleva comme sa fille. Dés sa plus tendre enfance, Andal, témoigna le plus vif amour pour Vishnou et sa murti du temple de Crîvilliputûr dont son père était le desservant. Elle répetait qu'elle n'épouserait jamais personne d'autre que Vishnou. Elle composa le Tiruppavai et le Nâciyar Tirumoli dans lesquels elle proclame son amour pour Vishnou. Le jour de ses noces au temple de Crîrangam, elle disparut, absorbée par la murti. Elle est considérée depuis comme une incarnation de la déesse et est révérée sur le même plan que Vishnou.
L'âlvar suivant Tondiradippodi, était un homme pieux qui se consacrait au culte mais il fut dévié de sa contemplation par une courtisane et mena pendant un temps une vie dissolue. Vishnou se manifesta à lui et il finit par recouvrer son état de sainteté et se considéra comme la poussière sous les pieds des dévots. Il composa le Tirumâlai et le Tiruppati Yeluci en hommage à Ranganâth.
Tiruppân était un jeune homme de basse caste, enfant trouvé et élévé par un joueur de luth. Il était absorbé dans l'amour du seigneur dont il chantait sans cesse les louanges du Seigneur en s'accompagnant de sa vinâ. Un jour un brâhmane vint à passer et lui cria de s'écarter mais il n'entendit rien alors le brâhmane lui jeta une pierre. Le pauvre homme brusquement ramené à la réalité se sauva épouvanté et contrit. Mais le Seigneur Vishnou n'admet pas un tel ostracisme envers ses fidèles et les brâhmanes trouvèrent la porte du temple fermée. Le coupable supplia le Dieu et Celui-ci devant le repentir du brâhmane nconsentit à pardonner après avoir déclaré que la pierre jetée au pauvre joueur de luth avait été jetée en réalité contre Lui-même. Le brâhmane retrouva Tirrupan effrayé et le porta sur son dos de force en accomplissant pradakshin, et désormais tout le monde honora l'humble chanteur. A cette occasion il composa l' Alaman âdi pirân et vers cinquante ans il fut comme Andal absorbé par la murti.
Tirumangai, dernier de la liste et peut-être le plus pittoresque. Il était né dans une caste de voleurs. Il reçut le nom de Nila (bleu) en l'honneur de Krishna. Il mena une vie turbulente, entretenant les pauvres avec le produit de ses brigandages. Après de nombreuses mésaventures, il construisit un temple magnifique et se consacra au culte du Seigneur. Dans son immense amour pour Vishnou, il composa plus d'un millier de stances qui furent incorporées au Prabandham. Il vécut au début du IXème siècle.
Leurs 4000 cantiques ont été rassemblés plus tard par Nâthamuni en langue tamoul dans le "Prabandham".
Son petit-fils Alavandar ou Yamunacharya fut le premier théologien de l'école qui porte le nom de Crî Vaisnavas. Les poêmes de Yamuna montrent son attachement à Vishnou. Leurs thèmes principaux sont la confession du Nom, la louange de sa grandeur et de sa grâce. Yamuna fut le véritable fondateur du vishnouisme philosophique. Il fonda sa doctrine sur les Upanishads, la Bhagavad-Gita et sur les écrits des Pancaratras.