Mira est née en 1498 environ, à Merta dans le Marwar, ouest du Rajasthan sous le règne de Sikandar Son grand-père avait réussi à force de courage à se tailler un petit royaume indépendant dont l'héritier était le père de Mirâ, Ratna Singh. sa mère est morte alors que la fillette n'avait que deux ans. Elle vécut avec son oncle et son cousin.
Fille unique, choyée, et aimée de tous, belle comme un lotus et parée de toutes les grâces, elle est saisie à l'âge de cinq ans d'une forte passion pour Krishna ou Giridhar. La petite Mirâ chantait et dansait devant la murti, faisait les cinq offrandes rituelles d'eau, d'air, de lumière, de fleurs et de camphre. Sa dévotion devenant chaque jour plus intense, sa famille ne vit qu'une solution, la marier.
En 1516 selon la coutume, elle fut mariée à Bhorâj, prince de Mewar. Elle alla donc habiter la célèbre forteresse de Chittor. Les convictions religieuses de sa belle famille en dépit de la tolérance des hindous étaient différentes de celles de Mirâ. A Chittor le culte de la famille royale était celui de la déese Durga, d'obédience shivaïte tandis que Mirâ avait été élevée dans la plus pure tradition vishnouïte, son oncle Viramdev et son cousin Jaymal étant tous deux de pieux vishnouïtes adeptes de la bhakti.
Mirâ était d'une grande beauté et avait reçu une éducation accomplie. Elle s'acquitta dit-on de tous ses devoirs sauf d'un, l'époux qu'elle avait choisi était Shrî Krishna et nul autre. Cette attitude fut critiquée sévèrement par sa belle famille.
Néanmoins, sa réputation de sainteté parvint jusqu'à la cour de l'empereur moghol Akbar. L'empereur et son musicien Tansen désirèrent entendre chanter Mirâ, et pour cela ils se déguisèrent en sadhus et se rendirent à la cour de Chittor. L'empereur émerveillé se prosterna devant Mirâ. Apprenant qu'un musulman était entré à son insu dans sa demeure et avait touché les pieds de son épouse, Bhojrâj la répudia et la condamna à mort mais personne n'osa exécuter cet ordre. Mirâ cependant obéi, une nuit après avoir pris tendrement congé de la murti de Krishna, elle se rendit au bord de la rivière. Comme son corps basculait, une main douce et ferme la retint. C'était son Bien-Aimé. Le Seigneur lui dit : "maintenant la vie avec ton époux mortel a pris fin, va M'adorer à Vrindavân" puis il disparut.
Mirâ renonce au monde et entreprend un long pélérinage. Elle s'adonne librement à sa bhakti et fréquente la compagnie des saints.
Une princesse de haut rang telle que Mirâ, et veuve de surcroit ne peut chanter et danser en public, ni fréquenter la compagnie des hommes sans causer un scandale insupportable, une veritable disgrâce dont l'honneur de la famille devait se sentir entachée. Les femmes étaient tenues à la réclusion, chanter et danser était le fait des prostituées de basse caste.
Cinq ans après son mariage, Mirâ était veuve. Tant que son beau-père fut en vie, elle vécut à peu près en paix, mais après la mort de Rana sanga, Mirâ restée sans protection, fut constamment tourmentée par sa belle famille.
Mirâ se voue corps et âme à une adoration mystique passionnée de Krishna. Avec une indépendance d'esprit et un courage digne d'une princesse rajpoute, elle brave la colère et le mépris de sa belle famille qui pousse la persécution jusqu'à entreprendre plusieurs tentatives de meurtre. Mais Mirâ échappe au poison versée dans la coupe, au serpent caché dans le panier de fruits. Pour elle, il ne fait aucun doute que c'est Krishna qui changea le poison en nectar et le serpent noir en shaligram son propre symbole.
A la suite de ces évenements, Mirâ quitte Chittor pour retourner dans sa famille, mais son oncle est en difficulté et doit céder son fief de Merta à son rival et se retirer à Ajmer où Mirâ le suit. Elle échappe ainsi au tristement célèbre sac de Chittor par Bahadûr Shah, tragédie dans laquelle les femmes rajpoutes plutôt que de tomber aux mains des assaillants musulmans ont préféré monté sur le bucher et se faire brûler vives.
Les années passaient et l'Appel se faisait de plus en plus pressant, Mirâ part pour Vrindavân, la terre d'élection de Krishna. Elle chante "Mon Dieu, mon Bien-Aimé, je visiterai tous les lieux qui te sont chers, et là je T'attendrai" Ainsi elle visite Gokul, Mathura, Varsana, puis sentant sa fin prochaine elle s'établit à Dwarka.
Elle disparait vers 1546 environ. Son corps aurait été absorbé dans la statue du temple de Krishna. Cette absorbtion miraculeuse n'est pas unique en Inde, elle est relatée dans la vie de plusieurs grands saints de l'Inde et concrétise la libération.
On voit en elle une réincarnation de Shrî Radhâ.
A cette époque au Rajasthan, la musique et la poésie fait partie intégrante de la formation impartie aux jeunes filles de bonne famille il est donc naturel que la dévotion de Mirâbaï se soit exprimée dans la forme populaire des padas, vers chantés. Contrairement à Kabir, Mirâbaï n'avait pas de disciple pour recueillir ses chansons. Elles ont été transmises oralement par des générations de ménestrels amulants, de dévots itinérants au Rajasthan, au Gujerat, au Maharastra, au pays de Vraj et vers l'est jusqu'à Bénares, en Orissa et au Bengale, partout où se répand la dévotion à Krishna.
La sadhana de Mirâbaï est celle de la bhakti vishnouïte. Les formes les plus hautes de bhakti sont les plus spontannées et se situent en dehors de la connaissance, et transcendent même le devoir social et le rituel. La bhakti provient d'un sentiment personnel spontanné. Comme les gopis, Mirâbaï joue le jeu de l'amour divin et ce jeu est le symbole de la recherche par l'âme individuelle de l'union avec Dieu. Krishna répond à l'amour de Mirâ par le don de son amour divin qui dispense un bonheur ineffable. Si parfois, il semble s'atarder loin d'elle, c'est pour l'attiser davantage. Cette situation d'angoisse amoureuse est appelée Viraha. Les souffrances endurées sur terre sont des épreuves qu'il faut surmonter pour accéder à la délivrance et à l'union avec Dieu.