
BREF APERCU HISTORIQUE
De nos jours, le vishnouisme n'est pas une religion monolythique mais un courant qui ne comprend pas moins de dix neuf sectes dites orthodoxes, de nombreuses sous-sectes et trente trois ordres de renonçants que l'on peut qualifier de "réformés" sans compter les compagnies de sâdhus. Bien qu'il existe des liens entre les différents groupes vishnouites il n'y a pas de véritable organisme pour représenter l'ensemble de ce courant spirituel, malgré quelques tentatives récentes. Des différences concernant les rituels et l'interprêtation des textes existent. Nous avons mis l'accent sur l'école Crî Vaisnava, la plus ancienne qui semble incarner l'orthodoxie vishnouite, et sur quelques mouvements plus tardifs.
Un peu d'histoire : (d'après les religions de l'Inde de J.Gonda)
Les origines du culte vaisnava se perdent dans la nuit des temps. Des passage du Mahabhârata attestent que le Vishnouisme était pratiqué dans des temps trés ancien sous le nom d'Ekanta, qui signifie" la voie de l'Un", le monothéisme ou culte "Bhagavata". Historiquement, on trouve des traces du culte de Vasudeva dés le Vème siècle avant l'ère chrétienne. Dés cette époque, il existe trois ordres vishnouites qui pratiquent des rituels différents : les "Pancarâtras" , "Vaïkhânasas" et les "Satvatas". La présence de centres importants du vishnouisme est attesté par les écrits des vaïkhânasas, des ascètes vivant dans les bois et considérés comme orthodoxes. Il semblerait que ce courant religieux soit resté discret au cours des siècles suivants, à l'époque ou florissaient en Inde les philosophies du bouddhisme et du jaïnisme. Le culte vaishnava est à nouveau favorisé sous le rêgne des Gupta dans les premiers siècles de l'ère chrétienne.
Au VIème siècle, dans le sud, les rois pallavas étaient de pieux bhagavatas, qui s'employèrent à restaurer le Dharma face aux jainas et aux bouddhistes. l'apparition des poêtes tamouls adorateurs et passionnés de Vishnou, les Alvars, marquent un renouveau de la bhakti en réaction contre la philosophie et le ritualisme. Les saints Alvars au nombre de douze dont une femme, vécurent entre le VIème et le IXème siècle. Ils venaient de toutes les classes sociales, emplis de dévotion pour Nârâyana, allant et chantant des cantiques d'un temple à l'autre. Leur piété est celle de la Bhagavad Gita, leur religion est ouverte à tous sans considération de classes, d'origine ou de savoir. Ils adorent Vishnou accompagné de sa shakti, Crî ou Lakhsmi et récitent le mantra aux 8 syllabes. Leurs 4000 cantiques ont été rassemblés plus tard par Nâthamuni en langue tamoul dans le "Prabandham".
Son petit-fils Alavandar ou Yamunacharya fut le premier théologien de l'école qui porte le nom de Crî Vaisnavas. Les poêmes de Yamuna montrent son attachement à Vishnou. Leurs thèmes principaux sont la confession du Nom, la louange de sa grandeur et de sa grâce. Yamuna fu_t le véritable fondateur du vishnouisme philosophique. Il fonda sa doctrine sur les Upanishads, la Bhagavad-Gita et sur les écrits des Pancaratras.
La doctrine de Yamuna fut développée par Râmanuja, grand réformateur, théoricien et organisateur du vishnouisme, Râmanuja (Xème siècle) qui fonda le système du Visichtadvaita en réaction à l'impersonalisme de Shankara. Sa doctrine est exposée notamment dans le Crî-Bhâshya, son commentaire de la Bhagavad-Gita. Il établit sa communauté dans les villes saintes, consacrées depuis longtemps au vishnouisme, de Kanci, Shrirangam et Tirupatti ou il partageait sa dévotion entre les seigneurs Varadarâja et Shri Rangânath, deux célèbres murtis de Vishnou. Râmanuja du s'exiler loin du pays tamoul qui subissait la persécution religieuse d'un roi shivaïte fanatique. Il trouva refuge à Melkote dans le pays de Maïsore où à la suite de leur roi, les jainas se convertir en masse au vishnouisme. Après douze années d'exil, il revint à Shrirangam ou il acheva sa vie terrestre à un âge avancé. Après Râmanuja, la grande figure du Crî-vaisnavisme fut Védanta Décika de Kanci. Ses successeurs immédiats se divisèrent en deux branches, l'une dite Tengalaï, localisée au sud conservant la langue tamoule mettait l'accent sur l'abandon (Prapatti), l'autre Vadagalaï, s'exprimant en sanskrit et renouant avec les vaisnavas du nord, insistait sur l'effort personnel (bhakti). A partir de cette époque, le vishnouisme mieux organisé sur les fondements que lui a donnés Râmanuja va remonter vers le nord par le pays Marathe et l'Orissa puis le Bengale alors sous domination musulmane, et de là va s'épanouir à nouveau dans l'Inde entière , donnant naissance à de nombreuses sectes.
De nos jours on reconnait quatre lignées principales (sampradayas) à l'origine des nombreuses sectes et sous-sectes vaisnavas. Ce sont :
- la Shrî sampradaya de Râmanuja, historiquement la plus ancienne lignée à l'origine du renouveau vishnouite. Parmi les successeurs se réclamant de Râmanuja, certains ont fondé leur propre groupe comme Crî Nivasa à Tirupatti, ou Râmananda dont la particularité est la dévotion exclusive à Râma. Dans le nord de l'Inde la bhakti à Râma, au contact de l'Islam devint plus universelle sous l'influence de Kabir, Tulsi Das, Nanak et influença le Shikkisme naissant.
- la Brahma sampradaya de Madhvâcharya (1199-1278)qui fonda un système de philosophie résolument dualiste (dvaita) le mettant un peu à part parmi les mystiques se réclamant du Védanta. Dans la lignée de Madhva, apparut Shrî Chaïtanya Mahaprabhu à l'origine de l'école de pensée vishnouite du Bengale et considéré dans cette branche comme un avatar de Krishna. Ses successeurs, les Goswamis se chargeront de rédiger sa doctrine et iront ré-investir les lieux saints de Vrindavân .
- La Sanaka sampradaya de Nimbarka à l'origine de la doctrine "dvaïtâdvaïta". L'unité du multiple. Sa dévotion s'adresse à Krishna et Radhâ, mais selon Nimbarka, la libération ne peut survenir qu'après la mort du corps physique.
- La Rudra sampradaya de Vallabhacharya (1479 - 1531), lui même successeur de Vishnuswami. Bien qu'il n'admette pas le concept de mâyâ, l'illusion cosmique, sa doctrine apparait comme un retour à un non dualiste pure(suddhâdvaita). Il n'existe rien en dehors de Radhâ-Krishna, Dieu et Sa Shakti, divinité unique et suprême.
Quelques lieux saints (tirtha) : du sud vers le nord
Le temple de Râmesvaram à l'extrême sud de l'Inde d'ou l'avatar Râma et ses alliés s'élancèrent à la conquête de Lanka afin de libérer Sita des mains du démon Ravana.
Les temples de Shrîrangam, Kancipuram et Tirupatti dans le pays tamoul et en Andhrâ, berceau du Cri-vaisnavisme, préservé des invasions musulmanes.
Dans le Kerala, le temple de Krishna à Guruvayur.
Vijâyanâgar ancien royaume vaisnava et lieu d'exploits de Râma.
Dans le Maharâstra, le temple de Vithal-Vithobâ à Pandharpur.
En Orissa, le temple de Jaganâth à Puri, où vécut Shrî Chaitanya Mahâprâbhu.
Dans le Rajasthan, le temple de Shrî Nathji, à Udaïpur, centre des vaisnavas Vallabhaçaris.
Dwarka, lieu de résidence de Krishna. Le temple de Giridhar ou Mirâbaï finit ses jours.
la terre sainte, Vraja bhumi, région de Vrindâvan et Mathura, lieu de naissance et des divertissements de Krishna, ses nombreux temples,
Ayodhya, lieu de naissance de Râma,
Egalement Kurushetra, lieu de la bataille mythique du Mahabharâta, où fut proclamée par Krishna la Bhagavad-Gita à son disciple et ami Arjuna.
Nawâdwip, lieu de naissance de Shrî Chaïtanya Mahaprabhu et berceau des Gaudya vaisnavas,
Udipi, centre des vaisnavas Madhvaçaris,
et de nombreux autres lieux sacrés, moins connus, ou quelquefois oubliés par l'histoire... Tous sont des tirthas, lieux saints, théatres des divertissement du Seigneur, dans ses avatars, ses apparitions, ses murtis, ou lieux ou vécurent ses serviteurs, tous de grands saints vaisnavas.