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Vishnouisme, un chemin vers DieuContains "mature" content, but not necessarily adult.VishnouismeuncheminversDieu@groups.msn.com 
  
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TUKARÂM

(d'après l'introduction aux psaumes du pélerin de G.A. Deleury aux éditions gallimard, connaissance de l'orient)

Tukarâm est né en 1598 dans la caste des shudras. Son père était boutiquier dans une bourgade perdue au milieu des terres au pieds de la chaine des sahyâdri  qui barre au plateau du Deccan l'accès à la mer à l'ouest. Pauvres parmi les pauvres, la famille était nombreuse, pourtant le boutiquier réussissait à nourrir femme et enfants. Il possédait même un petit temple dédié à Vithoba.  Son éducation religieuse avait été celle de tout enfant hindou. C'est à la maison qu'il appris à connaître les rudiment de sa religion mais tout dans son entourage lui parlait de Dieu. Il entendait sa mère chanter des cantiques, il se glissait à l'heure des offices dans le temple du village et regardait rempli d'admiration le célébrant balancer ses lampes devant la statue de Krishna-Vithobâ.  Mais le grand événement de l'année était le jour du pélérinage où toute la famille prenait le chemin de Pandharpur. La route était dure mais toujours joyeuse.

Son père mourut encore jeune, et c'est ainsi que Toukâ devint boutiquier et chef de famille à son tour. Mais voici que survint une année de famine, sa femme et son premier-né meurrent. Il se remarie mais n'a plus le coeur à l'ouvrage. Il part souvent se refugier dans les collines pour y trouver la solitude et y prier, mais à chaque fois sa femme le ramène. Une nuit alors qu'il dort seul parmi les collines, un saint lui apparait en rêve, lui murmure le mantra "Râma Krishna Hari" il lui révèle qu'il est Chaïtanya. Touka se réveille une grande joie au coeur, plus d'indécisions mortelles, plus d'inquiétudes intérieures, il venait d'être consacré miraculeusement au service de Dieu.  

Touka n'était qu'un paysan illettré, aussi il se mit à écouter la récitation publique des grandes oeuvres de la littérature mârathe et appris par coeur les versets de la Jnaneshvari et du Bhagavata. Il apprit aussi les oeuvres de Mirâbaï, de Kabir et bien d'autres auteurs spirituels.  Quand il se sentit plus sûr de lui, il commença à diriger des prières et peu à peu on vint l'écouter, sa femme même cessa de le harceler. Au reste les disciples qui se faisaient de plus en plus nombreux participaient aux frais du ménage. On ne se moquait plus du jeune paysan ignare, mais le jour où des brahmanes se mirent à écouter le shoudra mystique, un sourde opposition grandit peu à peu dans le milieu brahmanique. L'orage éclata quand une jeune brahmane Bahinabaï vint demander à Touka l'initiation. Les autorités de poona furent alertées et des sanctions ordonnées. Toukarâm devait cesser son enseignement et jeter toutes ses oeuvres à la rivière. La mort dans l'âme il se soumit. pendant treize jours il resta sans manger plongé dans une prière intense et le quatorzième jour, les cahiers réapparurent à la surface du fleuve et le flot les déposa intact aux pieds du poête pleurant de joie. Désormais l'opposition n'osa plus se faire publique et Toukarâm put continuer à réunir ses disciples et composer ses psaumes. Comme il ne savait pas écrire, de jeunes brahmanes acceptèrent de lui servir de secrétaires, et on peut lire encore de nos jours leurs manuscrits admirablement calligraphiés. Il entra dés son vivant dans la légende et ses biographies racontent les multiples miracles qu'il opéra. Sa mort à l'âge de 52 ans est entourée de mystères, à tous les autres saints de la bhakti marathe, on éleva sur le lieu ou ils entrèrent en samadhi, des monuments funéraires. mais pour le plus grand d'entre eux, il n'en existe pas. La légende raconte qu'un soir Vishnou descendit du ciel sur l'oiseau garuda et emporta avec loui son adorateur passionné. D'autres plus rationalistes pensent que Touka parti seul pour un dernier péléringa, quelque part sur la route inconnu, seul. La trace du pélerin mystique s'évanouit comme il convient au shudra qu'il était. 

 

LA MYSTIQUE DE PANDHARPUR

 

La route qu'il avait suivie était déjà une route passagère "Que je sois dit Touka petit caillou sur la route de Pandharpur pour être foulé par les pieds des saints" . Notre poête n'y fut jamais solitaire. plus encore que les amis qui se joignirent à lui, ou plus tard les disciples qui le suivirent, ses vrais compagnons étaient les saints du temps passé dont les psaumes chantaient sur ses lèvres infatigables. 

A cette tradition appartient Namdev, le petit tailleur, Chokaméla l'éboueur, dont on montre à l'entrée du temple de Pandharpur la pierre noire qui marque le lieu de son samadhi, à l'extérieur du temple car il ne fut jamais permis à cet amoureux passionné de contempler le visage de pierre de son Dieu. il n'était même pas shudra, c'était un paria. Il passait ses journées au pied des marches interdites, les yeux intensément fixés sur le seuil qui pour lui devait toujours conserver son mystère. Un jour, le vieux mur contre lequel il s'adossait s'écroula sur lui, libérateur.  La tradition, Touka la découvrit aussi sur le visage de ce paria rejeté des traditionalistes. Il y eu aussi Eknath auquel Touka doit tant.  

Après la première génération de pélerins, et dans les deux siècles qui suivirent, le mouvement dut entrer dans la clandestinité, l'Islam répandit ruines et deuil. Pendant plus de deux siècles des princes musulmans firent peser leur joug sur les montagnards hindous du Mahârashtra. Le grand temple de Pandharpur, la demeure même du Dieu-enfant, fut violé, rasé, le groupe des pélerins dispersé, mais l'esprit survécut. Peut-être même la persécution servit-elle finalement l'idéal pandharpourien en le diffusant plus largement. A la longue cependant il fut sur le point de disparaitre, le pélérinage ne retrempait plus les pélerins dans les eaux puissantes du chant, le chant lui-même s'oubliait. Il fallait trouver une voie médiane. C'est à Eknath qu'il revint de l'inventer. "Il est impossible de rester à balancer des lampes devant l'image du Dieu bien-aimé, mis il est possible de toujours balancer autour du nom de son Dieu la lampe brulante de son amour" disait Eknath. Eknath ne souhaite que devenir la brique rouge que foule l'Enfant-Dieu. Devenir une brique c'est se livrer au toucher divin. Ainsi sans qu'on s'en aperçu, ce brahmane consciencieux opéra une révolution, inventa un style nouveau de vie religieuse, qui devait assurer au mouvement une longue survie.  Il inventa un mysticisme à l'usage des gens du siècle. Son enseignement, sa vie prouva qu'il était possible de continuer à mener une vie normale, d'être père de famille, d'exercer un métier dans la cité, et en même temps de péleriner sur les routes intérieures de la vie spirituelle, d'y aller même trés loin dans l'expérience mystique. Cette découverte était capitale à une époque où la pratique extérieure de la religion hindoue était souvent interdite par les autorités musulmanes.  Qu'importaient tous les interdits puisqu'on pouvait occuper un poste dans l'administration du sultanat tout en psalmodiant intérieurement la prière de tradition hindoue.  

Le petit fonctionnaire de Paithan rassembla toutes les versions de ces prédécesseurs et au jour du renouveau marathe, de la liberté religieuse retrouvée, il édita le chef d'oeuvre, le livre des pélerins était sauvé. 

Le nom indien de cete forme poétique est "abhangas" ou chants sans brisure. Elle vise à s'harmoniser avec le rythme lent de la marche et de la pensée du pélerin. Quel autre titre aurions-nous pu donner à ces courts poêmes chantés qui évoque la joyeuse montée des foules vers Pandharpour, Jérusalem Marathe ! Dans l'Inde où brillent tant de Jérusalem, cette petite ville de province, endormie au creux de la rivière Bhima n'est pas un lieu saint de première grandeur comme le sont par exemple la Râmesvaram du sud, Puri à l'est, Haridvâr au nord, où Dwarka à l'ouest. Petite cité plantée comme un oasis au centre de l'aridité du Deccan, elle n'a pour raison d'être que le lieu où Krishna jadis se manifesta sous la forme d'un enfant, pour récompenser l'amour passionné d'un doux mystique pour le berger divin. Ce bourg paisible devient vraiment capitale les jours de pélérinages qui trois fois l'an viennent grosir ses vingt mille habitants d'un fleuve immense de plus de cinq cent mille fidèles. Krishna lui donna naissane, mais sa notoriété lui vint d'avoir été la nourrice spirituel des saints bhaktas marathes dont le plus grand baladin mystique Toukarâm.    

 

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