| Tango Argentin, le Rouge et le Noir. Elégance, masochisme et érotisme... Le Tango est une collision physique qui balaie tous les tabous. Danse de la passion et de la mélancolie à la fois, le tango dans ses multiples courants donne l'image d'un jeu incessant entre les partenaires. Le courant argentin gagne de nos jours de plus en plus en popularité et propage de ce fait une image du tango qui n'a pas toujours été telle...
 L'Argentine d'avant 1856 était un ensemble de provinces où les gauchos vivaient librement, faisant principalement de l'élevage de bétail dans les vastes territoires de la pampa Pour le gaucho, vivre libre et vivre dehors, c'était la même chose. Seul l'élevage du bétail l'intéressait vraiment comme occupation, car ce travail lui accordait cette liberté de mouvement essentielle à son bonheur. Les gauchos aiment le silence et la solitude des grands espaces. Ils passent souvent toute leur vie dans la pampa. Le bruit, les lumières, la vitesse de la ville ne conviennent pas à leur tempérament . Ils sont apparemment timides, refermés sur eux-mêmes mais, dès qu'ils se retrouvent entre eux, ils commencent à raconter des histoires et à rire ensemble. Certains jours de l'année, le gaucho peut rencontrer un payador sur son chemin. Le payador est souvent décrit par les historiens comme un mélange de troubadour et de journaliste itinérant qui parcourt la pampa avec sa guitare. Il va d'une estancia à l'autre en emportant les nouvelles du pays, qu'il improvise sous forme de longues complaintes sur un rythme de milonga s'il est très habile à la guitare, ou sur un rythme de cifra s'il n'a pas beaucoup de technique et s'il a besoin d'une forme plus libre pour raconter ses histoires. Le payador a les mêmes goûts, les instincts, les passions du gaucho; il exprime ses idées, il traduit son opinion, il s'identifie complètement à lui. Il est le journaliste de la pampa, un journaliste libre et indépendant comme le gaucho. Le gaucho, qui est le plus souvent de sang mêlé un peu d'Espagnol, un peu d'Indien, un peu d'esclave noir , connaît son âge d'or au 18e siécle et dans la première moitié du 19e siècle. En 1856, quand le gouvernement décide, pour faire entrer de l'argent dans les coffres de l'État, de mettre les terres du pays en vente, c'est le début de la fin pour le mode de vie traditionnel des gauchos.
 ¡ qué falta que me haces !
À la fin du 19e siècle, de nombreux immigrants débarquèrent en Argentine principalement en provenance d'Italie et d'Espagne et se mêlèrent à la population autochtone. Ainsi, divers styles de musiques (et leurs danses associées) de sont mélangées pour donner le tango Argentin : habanera cubaine, contradanza espagnole, candombé africaine, mais surtout la milonga argentine.
La plupart des immigrants vers l'Argentine étaient de jeunes hommes qui eurent vite fait de dépasser en nombre les jeunes filles. Il leur apparut nécessaire de devenir de bons danseurs pour gagner les faveurs des filles et en particulier dans des établissements où il était possible de louer la compagnie des serveuses pour danser... ou plus dans certains cas. C'est ainsi que la danse tango naquit et évolua selon les échanges de techniques de guidage et de figures que les hommes réalisaient en l'absence d'école de danse. L'âge d'or du tango se situe dans les années 1920 des États-Unis jusqu'en Europe. Après un déclin dans les années 50 (même en Argentine), le renouveau eut lieu dans les années 80 grâce à des spectacles et tournées mondiales de troupes spécialisés.
Le tango (dit "musette") que l'on danse à Paris dans les années 1920-30 n'est plus caractérisé par l'omniprésence un peu macho de la domination du danseur et ne ressemble donc que peu au tango original d'Argentine. Alors que le tango argentin n'est essentiellement composé que de figures, le tango musette se danse autour de la piste avec très peu de figures. On retrouve bien souvent une différence également dans la musique qui, dans le tango argentin, est plutôt mélancolique, alors qu'en musette, elle revêt des aspects plus sautillants. Aux origines du Tango, il y d'abord une danse liturgique venue d'afrique noire appelée Xango (comme la Calenda, le Candomblé, la Chicha, la Bamboula ou la Samba). Cette danse dérive du dieu du fer et de la guerre dans la mythologie yoruba (peuple d'Afrique occidentale établi aujourd'hui au sud-ouest du Nigeria, au Bénin et au Togo). Déportés en masse dans le sillage de la colonisation fondée sur le système esclavagiste, avant d'être exterminés en Argentine, les noirs imposèrent vers 1870 leurs rythmes musicaux à ce qui allait aussi devenir le Tango. Dans la structure du Tango, il y a aussi un rythme d'Afrique du Nord sur lequel les Maures interprétaient une danse particulièrement sensuelle. Transportée en Espagne par les conquérants arabes, cette danse fut jugée indécente et fut interdite dans les états catholiques. A partir du 15'ième siècle, ce style musical fut perpétué par les bohémiens avant d'accompagner les immigrants espagnols en Amérique. Cette rythmique binaire et syncopée appelée Habanera à Cuba se retrouve dans le Tango Argentin. On convient que le Tango est né en 1898 à Buenos Aires (du nom de la Vierge du Bon Air, patronne des marins de Séville) et de Montevidéo. A la fin du siècle dernier, l'Argentine, n'était peuplée que d'un million six cent mille habitants et avait de ce fait grand besoin de monde. Le gouvernement promettait aux immigrants du travail et même de la terre. Autant de rêve et d'espoir pour ces milliers d'Européens qui tentèrent l'aventure dans ce nouvel eldorado. Les gens qui arrivaient avaient tous le même rêve : un morceau de terre, bien à eux. Mais il fallut déchanter, une centaine de familles argentines s'étaient déjà partagées toute la terre. A part des travaux de saisonniers à la récolte ou de manutention sur les docks du port de Buenos Aires, ils ne trouvèrent pas grand chose. C'est là, dans les bas fonds de Buenos Aires, que le Tango naquit, en 1898, issu d'un métissage de rythmes africains et latins. A travers la danse, il permettait aux personnes des milieux populaires d'extérioriser et d'oublier les réalités quotidiennes très dures à cette époque. A ses débuts, le Tango était surtout joué dans les bouges du port de Buenos Aires. Ce furent les marins qui ramenèrent le Tango en Europe, et qui le propagèrent de port en port. Découvert en 1910 à Paris, il fit fureur dans les salons à la mode, mais jugé indécent, il est mis à l'index par l'archevêque de Paris. En Europe, le Tango s'est très vite différencié de l'interprétation argentine qui reste marquée par la tristesse et la sensualité latine. Synthèse entre danse, musique et poésie dans un contexte social particulier, le tango argentin est une invention complexe, produit d'un métissage, surgi dans un contexte de brassage humain, ethnique et culturel. Le tango est né de la rencontre de créoles argentins ou uruguayens et d'immigrés, imprégnés d'une culture de bal populaire au milieu du 19e siècle. C'est en effet le métissage de trois danses (le Candombé dansé par les esclaves noirs, la Habanera d'origine cubaine et la Milonga venue de la Pampa argentine qui a donné naissance au tango, dans les bas quartiers de Buenos Aires. D'abord cantonnée a la rue et aux maisons closes, cette danse, jugée trop inconvenante, n'a été acceptée par la bonne société argentine qu'une fois adoptée par Paris en 1913. Cette « branche européenne du tango aura sa propre évolution vers la danse de salon et de compétition tandis qu'un tango laissant plus de place à l'improvisation et a la sensualité continuera de se développera Buenos Aires en liaison avec une évolution musicale. D'une musique de danse et de fête en 1915, à l'apparition du tango chanté et du bandonéon en passant par les premiers orchestres, le tango s'est tourné depuis les années 1960 vers une musique de concert (Tango Nuevo), sous impulsion d'Astor Piazzola, qui ne dédaignent pas de flirter avec le jazz. Aujourd'hui, le tango dansé est l’objet d'un véritable engouement, grâce à l'enseignement de professeurs venus de Buenos Aires. Buenos Aires, Capitale de l'Argentine, se caractérise par son gigantisme : l'agglomération compte quelques 8 millions d'habitants, soit le tiers de la population golbale du pays. Cette congestion urbaine s'est opérée de façon tellement rapide et désordonnée que la ville est aujourd'hui littéralement saturée. Il faut dire que Buenos Aires, située sur les rives du Rio de la Plata non loin de l'embouchure du Parana, est un port extrèmement important et concentre à l'échelle nationale l'essentiel des activités productives, commerciales et culturelles. Le tango, cette "pensée triste qui se danse" représente une véritable chronique de Buenos Aires. Musique, mais aussi danse et poésie des déracinés, de tous ces immigrants. Le tango est né dans les quartiers pauvres de la ville, les bars louches et les lupanars crasseux. Nourri d'aventures cruelles et de souvenirs douloureux, il est parvenu à conquérir les salons chics et évolue aujourd'hui vers une musique aux multiples facettes. En se replongeant dans l'histoire de l'Argentine, on découvre que le peuplement du pays, effectué principalement à la fin du 19 ème siècle et au début du 20 ème siècle a mis en oeuvre la politique suivante : "Gouverner, c'est peupler". On fit appel à une immigration européenne massive composée essentiellement de Méditerranéens pour qui l'Argentine représentait l'Amérique. Le pays a ensuite connu un exode rural très important vers Buenos Aires qui s'industrialisait. L'ambiance qui a longtemps régné dans la ville résultait de cette urbanisation : le resentiment, la tristesse et la solitude, conséquences du déracinement, sont apparus comme les principales caractéristiques de la psychologie portègne des habitants de Buenos Aires. Tango, c'est Noir le Rouge.
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