Tumeur des cellules bêta des ilôts de Langherans chez le furet (Dr Williams)
Rédigé par le Dr Bruce Williams, Docteur en médecine vétérinaire :
Les affections tumorales affectant les cellules bêta des îlots de Langherans, appelées aussi insulinomes, sont les maladies néoplasiques les plus fréquentes chez le furet d’après le rapport effectué par l’Institut de Pathologie des Forces Armées, sur la base de la fréquence des opérations chirurgicales et des autopsies (pratiquées, NDT). Sur une période de deux ans et demi, ce seul type de néoplasie a été rencontré dans environ 15% des cas (d’affections cancéreuses, NDT) répertoriés concernant le furet.
Ces affections tumorales tirent leur nom des cellules où la tumeur s’implante. Ces néoplasmes surviennent en effet dans les « îlots de Langherans » - un groupe de cellules spéciales du pancréas produisant l’insuline (également à l’origine du terme « insulinome »). L’insuline est une hormone qui permet à la plupart des cellules du corps d’utiliser le glucose présent dans le sang. L’excès d’insuline, conséquence de la production anarchique des cellules tumorales, accélère le processus d’assimilation du glucose par les cellules du corps, ce qui provoque une dangereuse baisse du taux de glucose sanguin, connue sous le nom d’hypoglycémie (dans le cas du diabète, c’est l’inverse qui arrive - peu d’insuline produite, ce qui rend les cellules de l’animal incapables d’utiliser le glucose, d’où une dangereuse hyperglycémie).
Cependant, il est à noter que seules certaines cellules cancéreuses des îlots de Langherans sont en état de fonctionner (et de produire l’excès d’insuline, NDT). Ce type de cancer est souvent diagnostiqué à l’autopsie sur un animal mort d’une cause inconnue. Enfin, un faible pourcentage des animaux ne montrent aucun des symptômes caractéristiques de l’hypoglycémie, ou alors les signes sont si subtils qu’ils ne sont pas remarqués par le propriétaire, et ne peuvent l’être que lors d’un bilan de routine effectué pour d’autres raisons.
Les furets hypoglycémiques peuvent montrer une large palette de signes cliniques. La perte de poids semble fréquente chez l’animal affecté, et c’est parfois le seul et unique symptôme. C’est pour cette raison que vous devez périodiquement peser votre animal familier, il s’agit là d’une bonne médecine préventive. Les signes les plus évidents d’un cancer des cellules des îlots de Langherans sont une dépression avec léthargie épisodique, ce qui se manifeste chez quelques animaux par un état de stupeur (perte apparente de contact avec l’environnement), la salivation, la difficulté à utiliser le train arrière, des cris, et dans le cas d’une hypoglycémie sévère, des crises.
Diagnostiquer ce type de cancer des cellules des îlots de Langherans est relativement simple, cela consiste à mesurer le taux de glucose dans le sang, ce qui peut être fait par votre véto en cas de suspicion du problème (certains vétos iront jusqu’à mesurer le taux d’insuline, bien que cela soit souvent inutile, et fait perdre un temps précieux). Les animaux présentant un taux de glucose inférieur à 60 mg/dl peuvent être fortement soupçonnés d’avoir une ou plusieurs de ces tumeurs. L’exploration chirurgicale chez les furets hypoglycémiques, mais néanmoins en relative bonne santé devra être envisagée dans les délais les plus brefs.
Pour les animaux chez lesquels la chirurgie n’est pas envisageable, ou en attendant qu’elle le devienne, on pourra tenter une approche médicale en utilisant une combinaison de Prednisone (qui fait augmenter le taux de glucose sanguin en mobilisant les réserves d’hydrates de carbone) et de diazoxide (Proglycem), un médicament antihypertenseur connu pour faire diminuer la sécrétion d’insuline par les cellules des îlots de Langherans. Il est important de noter que ceci n’est qu’une mesure temporaire, rarement capable sur le long terme de contrôler l’hypoglycémie de l’animal..
De même, il est important de savoir que dans un grand nombre de cas (5/6 dans une étude), chez les furets ayant subi l’ablation chirurgicale des cellules des îlots de Langherans cancéreuses, une ou plusieurs autres tumeurs se développeront (en outre, assurez-vous dans le cas d’une opération que votre vétérinaire prendra le temps d’aller observer les glandes surrénales, siège de tant de lésions prolifératives chez les furets).
Si vous possédez plusieurs furets, il est très probable que l’un d’entre eux, n’importe quand durant son existence, développera un cancer des cellules des îlots de Langherans, « c’est dans la nature des choses ». En conséquence, veillez attentivement aux signes que j’ai décris, et demandez l’avis de votre véto si vous avez le moindre soupçon d’un problème.
Dans un autre article, le Dr Williams donne une mise en garde :
Le plus grand nombre de cas d’insulinome qu’il m’ait été donné de voir était de quatre. On retrouve chez le furet une affection liée à l’âge, vue également chez de vieux chats, connue comme l’hyperplasie des cellules acini du pancréas. Il s’agit de la prolifération non cancéreuse de petits nodules dans le pancréas, phénomène très normal. Le problème provient du fait que bien que l’apparition de ces nodules soit parfaitement anodine et ne cause aucun mal, beaucoup de vétos interprètent ce phénomène comme une prolifération néoplasique des cellules des îlots de Langherans, et de ce fait opèrent pour les retirer. Les pancréas des furets sont assez tolérants à la chirurgie, ceci étant, en ôtant ces nombreux nodules, on a alors de grandes chances de causer une pancréatite perforante.
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