La consommation d’os : la mécanique des os.
La compréhension de quelques notions de biomécanique osseuse aide à prendre conscience des risques de fractures dentaires causés par la consommation d’os. Il existe différents types d’os, mais les deux qui nous concernent sont l’os compact (ou os cortical) et l’os spongieux (ou os trabéculaire). L’os compact est un os dur et dense qui forme de longues tiges osseuses (la diaphyse[1]) et couvre l’extérieur de la plupart des autres os du corps. Divers types d’os trabéculaire constituent la masse d’os ronds, courts, ou de forme irrégulière qui se trouve entre des plaques d’os cortical, comme dans le crâne ou les côtes, et aux extrémités (les épiphyses) de longues tiges osseuses telles que le fémur ou l’humérus. La structure de l’os cortical est dense et varie selon l’âge de l’individu.
Les canaux de Havers[2] et les zones de remodelage osseux.
L’os cortical a beaucoup de force le long du « grain » (le long axe de l’os – dans le droit fil), ce qui est très utile pour supporter du poids, sauter, atterrir, et dans le cas du furet, rebondir dans tous les sens quand il effectue la danse de la guerre[3]. Cependant, en travers du « grain » (à contre fil) l’os est friable et peut être aisément fracturé. Vous pouvez en faire l’expérience vous-mêmes en tenant un os par une extrémité et en le frappant avec un marteau. Les bouts s’écraseront peut-être mais à moins d’y mettre une force néandertalienne, la tige demeurera intacte. Cependant, si vous couchez l’os et que vous le frappez avec autant de force, il s’écrasera en esquilles[4]. Ce type de force est une fonction de la physique des supports tubulaires qui peut être illustrée par un morceau de paille à boire. Coupez deux longueurs de paille d’environ 7,5 cm et prenez un morceau entre votre pouce et votre majeur. Remarquez l’effort nécessaire pour que la paille s’affaisse. Puis prenez le second segment entre votre pouce et un doigt mais cette fois appuyez le doigt sur le milieu. La paille s’affaissera quasiment immédiatement ; les tubes sont très solides le long de leur axe mais fragiles en travers. C’est pourquoi un furet peut chuter d’une table et atterrir sur ses pattes sans se blesser mais si l’on referme une porte sur une patte, l’os se brisera.
L’autre type d’os est l’os trabéculaire, également appelé os spongieux parce qu’il semble composé de centaines de cellules comme celles que l’on trouve dans une éponge. Les cellules sont faites à partir de spicules d’os ou de trabécules qui ressemblent à des pieds de la tige-support qui soutiennent les cloisons intérieures de l’os compact. Les espaces entre les trabécules sont comblés de moelle. Chez les animaux en croissance, quasiment toute cette moelle est faite de tissu hématopoïétique ; c’est la moelle osseuse rouge. Elle est responsable de la création de diverses cellules sanguines, notamment des globules rouges. Chez les individus plus âgés, la moelle osseuse jaune envahit les trabécules, surtout dans les extrémités du squelette inférieur et dans les vertèbres. Très souvent dans le cas de furets malades ou souffrant de malnutrition, la moelle jaune est vidée de sa graisse, lui donnant une couleur bleuâtre ou grisâtre.
Une étude des os de poulet selon des sources américaines est en cours. L’économie de la production de poulet encourage les producteurs de volailles d’élever les poulets aussi rapidement et en aussi grandes quantités que possible afin de les placer sur le marché le plus tôt possible. Ceci donne des poulets tendres et gras parce qu’ils sont très jeunes (ils sont généralement âgés de quelques mois seulement). Presque tous les poulets porduits aux Etats-Unis relèvent de cette catégorie. Comme les poulets sont immatures, l’os n’a pas fini de se durcir (de s’ossifier) et de large portions des extrémités osseuses (les épiphyses) ne sont encore que du cartilage. La moelle est généralement riche et rouge et remplit toute la tige (la diaphyse). Ces os sont plus mous et moins enclins à la fracture que ceux de poulets adultes, et sont remplis de nutriments salutaires. Le milieu des tiges osseuses est dur mais le reste de l’os est complètement mou.
La conclusion de cette discussion anatomique est que de définir un os comme « dur » en suggérant qu’il pourrait endommager les dents, ou comme dangereux en suggérant qu’il pourrait éclater en esquilles et percer le tractus gastro-intestinal, est extrêmement simpliste. C’est la preuve d’un manque de compréhension de l’anatomie osseuse ainsi que de la façon dont les carnivores (en l’occurrence, les furets) consomment les parties squelettiques. Les furets sont des putois domestiqués et les putois ont l’habitude de consommer des os. Leur seule façon de faire montre qu’ils ont une compréhension très précise de l’anatomie osseuse.
Bob C.
[1] La diaphyse est la partie allongée des os longs entre les apophyses. C’est également la portion moyenne du corps d’un os long.
[2] Canaux irréguliers étroits, cylindriques, reliés contre eux dans la substance compacte de l'os qui contiennent des vaisseaux sanguins, des lymphatiques, des nerfs et de la moelle osseuse.
[3] « War dancing » dans le texte.
[4] Une esquille est un fragment d'os brisé par une fracture comminutive ou une intervention chirurgicale.
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