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Quelques extraits en guise de présentation de ce "Lettré taoïsant, poète-fou, maître peu orthodoxe et jardinier du Tch'an".

Je viens d'ajouter une page (2), à gauche, présentant une"biographie" de Nan Shan extraite de Au sud des nuages et empruntée  au site des Éditions les Deux Océans. Deux pages anglophones (3) et (4) présentent quelques extraits d'une traduction "rough translation" inédite du Receuil de la colline du sud ("Southern Hill Record") encore empruntés au site des Éditions les Deux Océans.

Texte trouvé  ici.

Nan Shan

Sur Nan Shan: Sorti de nulle part, détenteur d'une profonde connaissance des textes zen et taoistes, il est sans doute un contemporain européen. Il tient, en tous cas, le langage d'un éveillé.

Ce "Recueil de la Colline du Sud" est un ensemble de textes courts, limpides, abordant toutes les facettes de l’enseignement bouddhiste. Souvent poétique malgré son caractère abrupt, ce livre s’enracine dans l’essence même du Chan.

Sur les annales

Compagnons du Dharma !

Le Chan est, dit-on, une transmission spéciale de maître à disciple, une transmission spéciale de cœur à cœur. En notre époque de décadence, en l’absence de maîtres véritables, on voit les pratiquants chercher la Grande Vérité du Chan dans les annales, chez les maîtres du passé. C’est ainsi qu’on peut les voir singeant les vieilles histoires obscures, l’un pointant à tout propos le ciel du doigt, l’autre menaçant de frapper ses interlocuteurs du bâton, encore un autre cherchant à attraper un chat pour le couper en deux. La tête farcie d’histoires dont la véritable substance est morte, les voici égarés, spéculant sur le son d’une seule main, trois livres de lin, le cyprès dans la cour...

Compagnons du Dharma !

La Grande Vérité du Chan ne peut passer par le langage, elle ne peut être saisie par les mots. Lorsqu’autrefois un maître posait une devinette ou faisait un geste étrange et abrupt, aussi vif que celui qui attrape une mouche, c’est la vérité de l’instant qu’il faisait jaillir au bénéfice de son disciple, lui montrant son propre visage, lui montrant son propre cœur. Faisant allusion à des textes disparus, appuyées sur des choses oubliées depuis longtemps, des coutumes et des proverbes antiques, les devinettes anciennes, bien malin est celui qui peut à présent les comprendre ! Si un maître de l’ancien temps montrait réellement la lune, à quoi bon regarder le doigt quand elle est déjà cachée par les nuages ! Si ce qui est désigné ne peut plus être vu, en vérité dix mille paroles sont inutiles.

Sur la maladie de l’esprit

Vivre sur le mode conceptuel au lieu de simplement vivre, et être dupe de l’illusion du connaître, voilà la maladie de l’esprit. Dans son aliénation à la présence à soi, faite d’idéation abstraite, plus le connaisseur est savant, plus il cherche le fin mot du connais-toi toi-même, et plus il est malheureux, car le fin mot du connais-toi toi-même est impensable pour l’esprit. Ce que l’homme recherche avec son esprit lui échappe du fait même que le mode de l’esprit est le concept et que ce qu’il cherche appartient à un ordre de réalité indépendant du concept. Chercher son véritable visage avec l’outil mental, ce serait comme vouloir se sentir vivant par la pensée. Le monde selon la pensée est un songe impossible et vain. Ce monde de représentation, par disjonction de la nature véritable, crée un espace dans lequel la souffrance se déploie. Lorsque la pensée est laissée pour compte, le monde du Bouddha apparaît.

Une voie très simple

Compagnons du Dharma !

Il est des maîtres du Fojiao (le Bouddhisme) qui enseignent une voie chargée de notions complexes, de notions qui ne sont accessibles qu’aux vieux moines, aux lettrés et aux érudits, mais en vérité l’enseignement du Bouddha est d’une simplicité extrême. Regarder ce qui est, se dépouiller des illusions tenaces, se libérer du connu, se nettoyer les yeux, regarder par soi-même, découvrir ce que l’on est déjà, voilà ce qu’on appelle le Dharma du Bouddha. En vérité rien n’est plus simple, mais rien n’est aussi difficile, tant, chez les êtres sensibles, est prégnante, vivace et puissante la force de l’illusion. Si nombreux sont les maîtres qui ont transmis et qui transmettent le fond substantiel et positif des Grandes Vérités du Bouddha, qui enseignent l’Octuple Sentier, voir et détruire les illusions pour trouver la vérité à sa source, voilà l’enseignement corrosif du vieux Nan Shan.

Sermon sur les dunes

Compagnons du Dharma !

On rencontre dans la Shanga des hommes qui parlent du Chan comme d’un corpus de textes, comme d’un système d’idées, comme d’une doctrine cohérente ou incompréhensible, mais pour les hommes qui parlent de cette manière, la roue du Samsâra* tournera encore longtemps. D’autres hommes du Dharma, dévots et moines, attestent du Chan comme d’une pure pratique, d’une tradition ancestrale et d’une discipline, ils sont de la race des polisseurs de briques et de miroirs, pour eux, la roue du Samsâra n’est pas près de s’arrêter. Au temple, les dévots du petit peuple font brûler l’encens, ils se prosternent devant les Bodhisattva, prient Ahrats, portent des offrandes aux démons et aux dieux, leur ignorance est incommensurable. Pour eux la roue du Samsâra tournera, à vrai dire, encore longtemps. Compagnons du Dharma ! Pour ce qui est du Chan, même Nan Shan n’y comprend rien. Le Chan en vérité n’existe pas ! Mais pour ce qui est de la grande question, celle de la vie et de la mort, que ceux qui m’écoutent, la tête farcie d’interrogations, passent la porte et aillent au clair de lune se promener au loin sur la dune. Qu’ils écoutent alors le vent venu de la mer souffler à travers les dix mille aiguilles de la ramure des pins. Le Chan est là tout entier !

Éditions "Les Deux Océans", Paris 1997

 

Autre texte trouvé ailleurs mais il m'a été impossible de copier le texte ayant trait à Nan Shan. C'est en PDF.

Présentation et bibliographie de Nan Shan:

(Extrais du catalogue des Éditions les Deux Océans)

Nan Shan (en chinois : montagne du Sud) a pris nom de montagne, visage au miroir vide.
Pour échapper à l'usure du connu, à l'emprise des concepts et des signes, ses paroles abruptes de La Colline du Sud ne sont que moyens habiles. Derrière cette peinture traditionnelle en montagnes et eaux, un homme de corps et d'esprit, barbe blanchie et visage raviné, vieilli aux embruns des mers, au soleil du désert.
Fuyant son destin familial de lettré, il vécut une vie de dangers et d'aventures, cherchant obstinément sa vérité aux quatre vents du monde, cherchant en lui-même. Très tôt il rencontre la souffrance, qui le mène jusqu'aux abords de la folie, aux confins de la perte du langage.
Ce n'est qu'après des années de pratique et d'études qu'il dépose enfin sa cangue.
Quel chemin aride !
Retiré dans la nature aux lieux de son enfance, le voici maintenant menant vie simple. Ce que les anciens maîtres du Chan ont déjà désigné dix mille fois, il en parle à partir de son propre esprit, à partir de son propre cœur, introduisant le lecteur dans un monde limpide et parfumé.
Ici même ! À tous les êtres sensibles, Bienvenue !

Dresser des pierres, planter des bambous - L'art du jardin selon Nan Shan, maître jardinier du zen, Illustrations de Jaho, Éditions Les Deux Océans, Paris, 2002.


Sous un arbre vénérable, dans la cour d'un temple de montagne, Nan Shan, maître de chan, transmet l'esprit de la voie du jardin. Dresser des pierres, planter des bambous, cultiver fleurs et arbres en pot, agencer le vide et la forme, Nan Shan en donnant des directives, montre l'esprit qui préside à toute création imprégnée de la saveur profonde du zen.
Ce qui auparavant semblait appartenir à des domaines séparés, techniques de jardinage, poésie, méditation, retrouvent dans le discours du vieux maître chinois son unité primordiale. Dévoilant le secret de pierres et bambous, Nan Shan nous montre le nôtre propre : tout est là dès l'origine.

Au sud des nuages, Éditions Les Deux Océans, Paris, 1997.

Reconnaître directement l’esprit et réaliser l’état de bouddha, ainsi définit-on, depuis Bodhidharma, l’éveil dans le Chan. Dans ce recueil de textes intitulé Au Sud des Nuages, voilà ce dont il est question de bout en bout.
Par une écriture brève et concise, Nan Shan tient un discours direct et sans détours. Lorsqu’il atteint un certain niveau d’abstraction, qu’il se présente sous la forme d’une vision logique, analytique et pénétrante, il appartient au monde philosophique indien, mais il reste au plus près de la pratique, du dharma. Du monde chinois, ce discours tient son esprit direct, abrupt, son goût de la nature et sa poésie. C’est alors que, disant sans dire, il montre l’accès.
Parfois la naissance de la vision se fait selon le vide, parfois selon la forme, parfois elle se fait selon le silence, parfois selon la parole. Pas à pas, les textes qui se suivent expriment le cheminement intérieur, ses embûches, sa réalisation.
Ici ou là, éclairé par cette expression originale, celui qui suit la même voie pourra glaner des indices précieux.

Receuil de la colline du sud, Éditions Les Deux Océans, Paris, 1998.

Clair et limpide comme un alcool fort, le discours que distille le vieux Nan Shan est simple et puissant. Lettré taoïsant, poète-fou, maître peu orthodoxe et jardinier du Chan il montre par son langage imagé des vérités occultées par le connu. Il va droit au but, ses tableaux expriment un gai savoir de la nature humaine qui le rend accessible et touchant au lecteur occidental contemporain.

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