
**Ne pas râler " Faites tout sans récriminer et sans discuter " (Ph 2,14)J'aime bien quand la Parole de Dieu nous prend à contre-pied. C'est souvent là qu'elle a le plus à nous apprendre. Ou que nous avons le plus à nous convertir. Ainsi en est-il de la soumission et de l'obéissance.Qui de nous se réjouirait de voir ses enfants se laisser taper dessus sans réagir à l'école ? Qui de nous ne leur distille pas des paroles de sagesse, invitant à prendre sa vie en mains, à ne pas se laisser faire, à développer courage et caractère ? Qui de nous souhaite les voir éteints, soumis, obéissants en tout, se laissant humilier sans broncher ? Qui ne s'est pas entendu dire " mais tu est trop gentil " ou " ne te laisse pas marcher dessus " ? Ou encore " si on vivait dans un monde idéal ce serait possible d'être généreux, mais dans la société actuelle, celui qui ne se défend pas se fait bouffer " ? " Faites tout sans récriminer et sans discuter " (Ph 2,14)Dieu nous veut-il passifs, soumis, éteints, ternes, suiveurs, muets, fadasses, neuneus ? N'avons-nous pas le droit d'avoir des préférences, des désirs, des projets, une volonté ? Je crois utile et nécessaire, pour bien comprendre, de regarder le Christ et de prendre une fois de plus exemple sur sa vie.Aucun de nous n'a plus de volonté que Lui, ni plus de caractère, puisque Il a en Lui le Caractère divin. Aucun de nous n'a plus que Lui des raisons de se croire autorisé à avoir un avis sur tout, puisque Il sait tout, et qu'Il est toute sagesse. Aucun de nous n'a comme Lui le droit de prétendre à diriger le monde. Et personne n'est plus sage, plus avisé, plus mûr. Pourtant, Il se conduit en tout sans récriminer et sans discuter, en totale et parfaite obéissance au Père. De toute sa vie, de tout son cœur, de toute son âme, Il dépose sa volonté entre les mains de Celui qui est tout pour Lui ; Il abdique sa liberté pour recevoir en Dieu la liberté ultime, celle qui vainc la mort et fait de Lui l'héritier du Royaume. Nous croyons être libres parce que nous choisissons notre voiture, ou le film le soir à la télé, ou parce que nous organisons peu ou prou notre emploi du temps ? Mais quelle est cette liberté qui nous tient encore et toujours, comme nous ne le savons que trop, dans l'esclavage de la peur, du doute, du péché ? Quelle est cette liberté qui nous empêche d'aimer vraiment tous ceux, toutes celles que nous côtoyons ? De mettre vraiment le Christ au centre de notre vie ? Quelle est cette liberté qui fait naître sur nos lèvres le doute et le murmure, dès qu'un obstacle semble se dresser sur notre chemin, volonté contraire à la nôtre du conjoint, du père supérieur, de l'agent de police, du chef de service, du prof ? A quoi reconnaît-on les Fils de Dieu ? A l'amour ? Oui, mais pas seulement " Faites tout sans récriminer et sans discuter " (Ph 2,14)Si nous voulons consacrer notre vie au Seigneur dans la Nouvelle Évangélisation, je crois que nous devons nous mettre dans la tête que nous sommes appelés à être des serviteurs fidèles, humbles et obéissants. Y compris, et surtout, avec tous ceux et celles qui exigent de nous plus que de raison, plus que leur dû, plus que ce que nous sommes raisonnablement disposés à donner. Dans un monde où il est de bon ton de protester à tort et à raison, de râler, de discuter, il y a une force de témoignage dans la bonne volonté, dans la simplicité de cœur. Pas parce que nous sommes détachés de tout, sans projet ou sans saveur.Mais parce que nous croyons que Dieu qui veille sur nous dans chaque détail de notre vie, place sur nos chemins les guides nécessaires pour avancer et faire sa volonté. De proche en proche, de frère en frère ; de visage en visage, et d'autorité en autorité, à travers tous ceux auxquels nous sommes appelés à obéir, c'est le Christ Lui-même qui nous enseigne, que les leçons soient douces ou amères. Nous ne sommes pas face à ce chef acariâtre, cette belle-mère abusive, cette mère sup' qui a mauvais caractère ; nous sommes avant tout face au Christ, qui utilise chacun, chacune, pour nous dire quelque chose, et qui attend aussi que, par le sacrifice de notre obéissance, nous fournissions la force nécessaire pour convertir ceux qui en ont besoin, à commencer par nous.Dans l'ordre donné, il y a la volonté de celui qui le donne, volonté forcément limitée, humaine, et souvent entachée par le péché. Il y a aussi la volonté de Dieu, qui utilise tout pour notre propre bien. Il y a dans notre obéissance un témoignage de force et d'abandon pour qui nous commande, un témoignage de foi pour Dieu Lui-même, la joie de vivre dans l'obéissance filiale même du Christ. Dans l'ordre donné, il y a souvent une Parole de Dieu pour nous, enseignement, chemin, correction ou consolation. On voit souvent le Christ dans l'Évangile étonnamment attentif aux choses et aux gens. Ainsi, avec l'aveugle Bartimée : Jésus se " paye le luxe " de demander : " que veux-tu ? " Même nous qui ne sommes pas fils de Dieu, nous savons par avance la réponse ! Que peut bien désirer un aveugle, sinon voir ? Pour Jésus, rien n'est évident. Outre qu'Il veut rendre l'homme désireux de son propre salut, Il accueille chaque rencontre telle qu'elle est, Il scrute chaque visage.Ainsi donc nous est-il demandé, à l'image de Jésus-Christ, de faire à chaque instant le choix de l'obéissance à la volonté de Dieu. En sachant discerner, bien sûr, et ne pas obéir aux ordres qui nous conduiraient à faire le mal. Mais ce n'est que dans une grande obéissance que l'on puise la force de savoir dire non" Faites tout sans récriminer et sans discuter " (Ph 2,14)Ne vivons pas comme si nous étions orphelins. Nous ne sommes pas seuls, jamais. A travers chaque rencontre, Dieu nous parle, nous dirige, nous instruit. Nous sommes des enfants de Roi, éduqués plus sûrement que des princes bénéficiant d'un précepteur. Nous sommes destinés à la gloire éternelle et,
merveille des merveilles, notre éducation à la Vie en Dieu ne commence pas le lendemain de notre enterrement. Que l'Esprit Saint en nous nous rende capables d'épouser en tout, avec cœur et de tout notre être, la volonté du Père pour nous.